L’histoire exige un effort de décentrement et de mise en cause de ce que l’on observe dans le passé pour enrichir notre compréhension du présent. Il en va ainsi de notions comme celle de censure. Le terme n’a pas toujours possédé sa signification négative actuelle d’obstacle à la communication et d’entrave à la liberté d’expression. Le concept même de liberté d’expression est un héritage du XVIIIe siècle; la censure était perçue auparavant comme un élément normal de la société, relevant de la correction morale et de la conduite disciplinaire. Censurer signifie alors moins interdire que redresser, et la censure des livres s’inscrit dans une dynamique globale de contrôle des idées et des comportements. Elle s’enracine dans l’idée selon laquelle les autorités sont responsables de prémunir la population d’un contact avec de «mauvais» livres, susceptibles de corrompre les mœurs et les croyances et, par là, l’ordre social. Aux XVIe et XVIIe siècles, rares sont les contestations du principe même d’un contrôle exercé par les autorités, politiques et religieuses, sur les discours et sur les écrits.

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