Virginie Efira et Tao Okamoto ont partagé le prix d’Interprétation féminine du Festival de Cannes 2026 pour Soudain de Ryūsuke Hamaguchi. Le réalisateur de Drive My Car et de Le Mal n’existe pas leur a offert des conditions de travail exceptionnelles leur permettant de livrer des performances qui ne le sont pas moins.
L’amitié entre une directrice d’EHPAD française et une metteuse en scène japonaise atteinte d’un cancer emporte le spectateur dans un univers envoûtant. Le soin (ou plutôt « l’attention à l’autre », comme préfère le dire le réalisateur) fait vibrer cette fresque de plus de trois heures qui passe avec la légèreté d’une brise bienfaisante.
Une histoire d’amitié
Ryūsuke Hamaguchi s’est inspiré de Quand la vie prend un tournant inattendu, livre réunissant la correspondance entre Makiko Miyano et Maho Isono, une philosophe atteinte d’une maladie incurable et une anthropologue. « Ce n’était pas seulement une conversation intellectuelle entre deux chercheuses, explique-t-il, mais un véritable rapprochement humain, une rencontre entre deux âmes » Bouleversé par ces dix longues lettres, il a conservé la relation entre les deux femmes et le développement de leur amitié pour écrire son film.
Virginie Efira et Tao Okamoto viennent de recevoir leur prix d’Interprétation à Cannes pour « Soudain » - Caroline Vié
Tao Okamoto est arrivée en amont sur le projet pour incarner une femme de théâtre solaire mais condamnée. Virginie Efira n’a rejoint le film que plus tard. Elle est lumineuse à la tête d’une maison pour personnes âgées dont elle veut coûte que coûte préserver la dignité même si cela est au prix de la rentabilité de son établissement. Les rapports entre les deux femmes, les patients et des soignants brillamment interprétés, notamment par Marie Bunel et Jean-Louis Clichet, prennent corps entraînant le spectateur dans un monde en hors du temps.
Une histoire de langages
« Il s’agissait plus d’une expérience que d’un simple tournage, explique Virginie Efira. Ryūsuke Hamaguchi emmène chaque personne de l’équipe dans un autre monde et place sa caméra au meilleur endroit afin de capter ce qu’il voit. » Pour obtenir l’alchimie parfaite entre ses deux actrices principales, le cinéaste a tenu à ce que chacune s’initie au langage de l’autre. Il a souhaité que Viriginie Efira s’initie à la lecture en japonais et à ce que Tao Okamoto se mette à la langue de Molière.
Nore dossier sur Virginie Efira
« Ryūsuke Hamaguchi n’est pas quelqu’un à qui on dit non, commente Virginie Efira. Ce n’est pas qu’il soit autoritaire mais on est motivée par le respect et l’admiration qu’on ressent pour lui. » Le réalisateur a insisté sur le langage corporel des comédiennes. Leurs attitudes suivent l’évolution de leur relation amicale comme celle de la maladie. « J’ai eu l’impression qu’on était vraiment liées », insiste Tao Okamoto.
On comprend comment le jury, présidé par le réalisateur coréen Park Chan-wook, n’a pu départager le duo d’actrices. Leur prix commun est à l’image de Soudain, œuvre généreuse et délicate osant parler de sentiments, de politique et de mort avec une grande humanité.