L’Union suisse des arts et métiers (USAM) dénonce l’assouplissement de la pratique en matière d’utilisation de la croix suisse sur les produits commerciaux. Elle a annoncé mardi le lancement d’une pétition.
L’Institut fédéral de la propriété intellectuelle (IPI) permet depuis mars d’apposer, sous certaines conditions, la croix suisse sur des produits, même si ceux-ci ont été entièrement fabriqués à l’étranger, a rappelé mardi l’USAM. Ils pourront en outre porter la mention Swiss Research ou Swiss Engineering.
L’IPI a justifié cette mesure en invoquant les difficultés rencontrées par l’économie suisse en raison de la force du franc suisse et des droits de douane élevés imposés par les Etats-Unis.
Cette décision est la conséquence du bras de fer remporté par le fabricant de chaussures On face aux autorités helvétiques. Après un long litige, l’entreprise avait trouvé un accord avec l’Institut fédéral de la propriété intellectuelle qui lui permet d’utiliser la croix suisse sur ses produits fabriqués en Asie.
>> Plus de détails dans notre article : La marque On obtient le droit d’utiliser la croix suisse sur ses chaussures
Dilution de la marque « Suisse »?
Les professionnels craignent que ce changement n’entraîne une « dilution » de la marque « Suisse » et une perte de confiance chez les consommateurs, a pointé l’USAM lors d’une conférence de presse. Elle entend s’opposer à cette modification, notamment à travers deux interventions déposées au Parlement et le lancement d’une pétition.
La faitière des PME exige que les autorités rétablissent l’exclusivité d’utiliser la croix suisse pour les producteurs nationaux. Le Conseil fédéral a une responsabilité à assumer. Il doit reconnaître que la décision de l’IPI était une erreur, a-t-elle plaidé, dénonçant au passage l’absence de consultation avant l’adoption de cette mesure.
La population défavorable
L’USAM a commandé deux sondages sur ce sujet. Un premier – non représentatif – réalisé en ligne auprès des entreprises artisanales a reçu 289 réponses montre que près de 90% des personnes interrogées ont estimé que l’usage de la croix suisse devait être réservé aux producteurs nationaux.
Parallèlement, l’institut Demoscope a réalisé mi-juillet un sondage représentatif auprès de 1154 personnes. Selon cette enquête, 60% des sondés ont affirmé que leur confiance dans la valeur indicative de la croix suisse en tant que symbole d’origine et de qualité suisses diminuait en raison du changement de pratique de l’IPI.
Par ailleurs, la moitié des professionnels jugent la nouvelle réglementation « très défavorable » aux PME suisses qui ne disposent pas de sites de production à l’étranger.
Un premier cas de délocalisation hors de Suisse
Pour le conseiller aux Etats Fabio Regazzi (Centre/TI), président de la faîtière des PME, « c’est un mauvais signal que d’encourager indirectement les entreprises à délocaliser des emplois et de la valeur ajoutée à l’étranger ». L’USAM annonce d’ailleurs « un premier cas marquant de délocalisation » hors de Suisse: le fabricant saint-gallois de chaussures Kybun a en effet décidé de délocaliser une partie de sa production en Italie. Une quarantaine d’emplois sont concernés. D’autres entreprises pourraient suivre, redoute l’organisation.
« Nous ne voulons pas mourir en jouant les élèves modèles, alors que d’autres voient les règles interprétées à leur avantage », s’est défendu son patron Claudio Minder, qui s’est exprimé aux côtés du président de l’USAM.
PDG de l’entreprise Lämmle Oil and Chemicals, Silvan Lämmle a pour sa part souligné que, lorsqu’une entreprise délocalise une production à l’étranger, ce n’est pas seulement cette production qui quitte la Suisse. D’autres fonctions sont concernées, comme l’assurance qualité, la logistique et les achats.
>> Regarder aussi le sujet de l’émission Mise au point en mars dernier :
C’est que le début: qui a le droit d’utiliser la croix suisse ? / Mise au point / 2 min. / le 29 mars 2026
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ats/vic