Lundi soir à Locarno, Petra Volpe a dévoilé ‘Frank & Louis’. Pour son premier long métrage en anglais, la réalisatrice suisse porte un regard inédit sur les soins et les relations humaines derrière les murs d’une prison américaine. Le film sortira dans les salles de Suisse romande le 6 janvier 2027.

Après avoir marqué les esprits avec ‘L’ordre divin’ (2017), qui traitait du combat pour le droit de vote des femmes en Suisse, et ‘En première ligne’ (2025), une plongée dans le stress du milieu hospitalier qui est devenu le plus gros succès du cinéma suisse l’année dernière, la cinéaste s’attaque cette fois à l’univers carcéral américain.

L’idée de ce film remonte à plus de dix ans lorsque sa co-scénariste Esther Bernstroff lui parle d’un programme mis en place dans une prison californienne, où des détenus, appelés « Gold Coats » en raison de leurs gilets jaunes, s’occupent de leurs codétenus atteints de démence. La cinéaste argovienne se rend deux fois dans cette prison où elle interroge, entre autres, des « Gold Coats » pour comprendre ce que ce travail changeait pour eux.

>> A écouter, l’interview de Petra Volpe pour son film ‘Frank & Louis’ présenté à Locarno : Petra Volpe « Frank & Louis » / Vertigo / 13 min. / lundi à 17:07 Une préparation accompagnée par des experts

Son travail d’écriture s’est nourri d’autres expertises: « J’ai notamment travaillé avec l’aide d’un homme qui a été dans une prison new-yorkaise durant dix ans. Il m’a aidé avec les dialogues, parce que la langue utilisée en prison est très particulière », explique-t-elle avant de préciser que les acteurs ont également bénéficié d’une préparation spécifique, réalisée avec l’aide d’un spécialiste de la maladie d’Alzheimer et de la démence.

Pour réaliser son premier long métrage en anglais, Petra Volpe a réuni une équipe venue de huit pays. Le tournage s’est principalement déroulé dans une ancienne prison désaffectée en Angleterre, mais quelques scènes ont été tournées à Winterthour. Au casting, on retrouve deux acteurs habitués aux superproductions: Kingsley Ben-Adir (‘Bob Marley’, ‘Barbie’) et Rob Morgan (‘Don’t Look Up’, ‘Stranger Things’).

Un huis clos intimiste

‘Frank & Louis’ adopte la forme d’un huis clos intimiste en suivant Frank, un détenu qui accepte de devenir l’aidant de Louis, un codétenu atteint de la maladie d’Alzheimer. Si cette décision est initialement motivée par l’espoir d’obtenir une libération conditionnelle, la relation entre les deux hommes évolue progressivement pour se transformer en une véritable amitié, profonde et sincère.

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Déconstruire la masculinité toxique

Avec ce film, la réalisatrice suisse propose une approche originale et engagée de la condition masculine. Dans le 12h30 du 11 août, elle confie: « Cette thématique de soins [entre détenus] dans une prison m’a intéressée, car on ne l’attend pas. »

Cette volonté de montrer des hommes capables de vulnérabilité, d’empathie et de compassion dans un environnement traditionnellement associé à la violence et à la dureté constitue le cœur de l’oeuvre. ‘Frank & Louis’ échappe aux clichés des films sur la prison grâce au regard singulier de la cinéaste. « C’est un film féministe sur les hommes, analyse-t-elle. Je pense que c’est très important de raconter des histoires sur les hommes qui sont diverses, (…) de montrer une relation entre deux hommes qui soit tendre, mais pas homosexuelle, car on ne voit pas souvent un homme toucher un autre homme sans que ce soit sexuel. »

Propos recueillis par Anne Fournier, Pierre Philippe Cadert et Rafael Wolf

Adaptation web: Andréanne Quartier-la-Tente

‘Frank & Louis’, de Petra Volpe, avec Kingsley Ben-Adir, Rob Morgan, René Perez. Sortie prévue en Suisse romande le 6 janvier 2027.

A consulter, notre dossier consacré au Festival de Locarno