Depuis mars, la croix suisse peut être apposée sur des produits entièrement fabriqués à l’étranger, à condition que leur conception ou leur recherche et développement aient été réalisés en Suisse. Cette rupture avec la pratique traditionnelle est toutefois mal comprise, tant par les milieux économiques que par la population.

Ce changement de cap a déjà des conséquences concrètes. Comme le rapporte aujourd’hui Nau, le fabricant de chaussures Kybun transfère une partie de sa production en Italie. Une quarantaine d’emplois sont concernés. Son directeur, Claudio Minder, explique que l’entreprise ne veut pas «mourir en élève modèle», alors que d’autres interprètent déjà les règles de la Swissness de manière bien plus avantageuse pour leurs intérêts.

La nouvelle règle passe mal auprès des entreprises comme de la population. Selon un récent sondage, près de neuf personnes sur dix y sont opposées, craignant que la marque Suisse perde de sa substance et de sa crédibilité. À leurs yeux, la croix blanche sur fond rouge devrait rester l’apanage des entreprises produisant réellement en Suisse, afin de ne pas compromettre la confiance dont jouissent les produits suisses auprès des consommateurs du monde entier.

Selon l’Union suisse des arts et métiers (USAM), cette évolution pourrait déclencher un effet domino au détriment des PME suisses. Si le label peut être utilisé sans véritable production en Suisse, c’est tout le tissu industriel du pays qui risque de se retrouver sous pression.