Les saisies de cocaïne atteignent des niveaux records au Portugal. Face à l’essor du trafic par voie maritime, les autorités doivent désormais composer avec un nouvel outil privilégié des trafiquants: les ‘narcolanchas’, des vedettes rapides capables de transporter d’importantes quantités de drogue.
Chaque soir, depuis Lisbonne, Pedro Araujo et son équipe de la gendarmerie maritime prennent le large à la recherche de ces embarcations. Les ‘narcolanchas’ sont des vedettes extrêmement rapides, parfois équipées de quatre moteurs développant chacun entre 300 et 450 chevaux. Elles peuvent dépasser les 120 km/h.
Elles récupèrent en haute mer la drogue acheminée à travers l’Atlantique par de plus gros navires, avant de foncer vers les côtes portugaises ou espagnoles.
Plus de 200 de ces embarcations ont été saisies au Portugal depuis 2020. Leur interception constitue un défi majeur pour les forces de l’ordre, mais aussi une opération particulièrement dangereuse.
Pas d’autorisation spécifique
Depuis mai, le Portugal a durci sa législation pour lutter contre leur utilisation. Les vedettes qui ne disposent pas d’une autorisation spécifique ont notamment interdiction de naviguer de nuit.
Lors des patrouilles, les forces de l’ordre cherchent aussi à se faire les plus discrètes possible. Le capitaine Pedro Araujo demande ainsi à ses hommes d’éteindre toutes les lumières à bord. « Moins on a de signes lumineux à bord, plus on peut se dissimuler et s’approcher au plus près de ces bateaux pour préparer leur interception », explique-t-il au micro de La Matinale.
Une intervention risquée
Au large du Cap Espichel, une embarcation non identifiée attire soudain l’attention des militaires. « La dernière vedette rapide liée au trafic de drogue repérée par l’équipe l’avait précisément été à cet endroit », explique le capitaine. Mais il s’agit cette fois d’une fausse alerte.
Pour les forces de l’ordre, chaque intervention reste néanmoins risquée. « Même lorsqu’elles ne transportent pas de drogue, ces vedettes peuvent devenir des armes en raison de leur vitesse. Car à cette vitesse, s’il y a collision, cela peut nous coûter des dommages irréversibles, à la fois pour nos bateaux mais aussi pour nos hommes », explique Pedro Araujo.
En un peu plus de deux ans, cinq policiers et militaires espagnols et portugais ont été tués dans des collisions lors de courses-poursuites. Un lourd tribut pour les forces de l’ordre engagées dans cette nouvelle guerre contre les trafiquants, qui se joue désormais aussi en mer.
Les saisies de cocaïne atteignent des niveaux inédits. Plus de 28 tonnes ont été interceptées au Portugal en un peu plus de huit mois, contre 25,6 tonnes sur l’ensemble de 2025, qui constituait déjà un record depuis quinze ans.
Vincent Barros/hkr