La quête de la longévité – voire d’immortalité – est au cœur d’un business planétaire, dopé par les investissements colossaux d’entrepreneurs américains. Cette aspiration humaine face à la finitude et à la peur de la mort se heurte toujours à la réalité biologique et pose des questions philosophiques.
En six décennies, l’espérance de vie mondiale a bondi de plus de 20 ans: en moyenne, elle est passée de 51 ans en 1960 à 73 ans en 2023. Le nombre de centenaires est en augmentation. Mais certains, comme l’Américain Bryan Johnson, veulent aller encore plus loin: ce millionnaire de la tech recherche l’immortalité et utilise pour cela son propre corps comme terrain d’expérimentation. Il mène une vie ascétique, mise sur de nombreux compléments alimentaires, utilise tout un tas d’instruments censés allonger la vie et s’est fait transfuser à plusieurs reprises le sang de son fils pour tenter de rajeunir. Sa démarche est devenue un business, puisqu’il commercialise des pilules, tests de sang, et même des T-shirts et pendentifs.
Un secteur en plein essor
Le marché de l’allongement de la vie vaudrait 25 milliards de dollars et devrait atteindre 44 milliards de dollars en 2030. 57% des entreprises spécialisées dans le domaine sont localisées aux Etats-Unis, loin devant l’Europe (17%) et l’Asie (10%).
L’immense majorité des entreprises spécialisées dans la longévité sont localisées aux Etats-Unis. [RTS – Géopolitis]
Au cours des 25 dernières années, les ultra-riches américains ont injecté plus de 5 milliards de dollars dans le secteur de la longévité, comme Sam Altman, fondateur d’OpenAI, qui a investi dans l’entreprise Retrobiosciences, qui cible les causes du vieillissement cellulaire. Ou Jeff Bezos, fondateur d’Amazon et Blue Origin, et investisseur d’Altos Lab, start-up qui étudie la médecine régénérative et le rajeunissement cellulaire.
Jusqu’à preuve du contraire, ce n’est pas un influenceur avec une gélule magique qui vous permet d’augmenter votre espérance de vie
Alexandre Pouget, directeur du Laboratoire de neurosciences cognitives computationnelles à l’Université de Genève.
Le moteur de l’augmentation de l’espérance de vie observée ces dernières décennies « c’est la médecine et la science moderne », insiste Alexandre Pouget, directeur du Laboratoire de neurosciences cognitives computationnelles à l’Université de Genève, dans l’émission Géopolitis. « Cela crée des espoirs: on voit bien que cela marche, que les progrès ont été absolument fantastiques et en plus on a beaucoup plus de moyens. Et puis il y a l’émergence de l’intelligence artificielle. Donc tout cela crée une dynamique, où je peux comprendre pourquoi ces milliardaires se posent la question si ces avancées se concrétisent. » Tout en soulignant que « jusqu’à maintenant, jusqu’à preuve du contraire, ce n’est pas un influenceur avec une gélule magique qui vous permet d’augmenter votre espérance de vie ».
Vivre jusqu’à 130 ou 150 ans?
Même Xi Jinping et Vladimir Poutine discutent de la possibilité de vivre au-delà de 100 ans grâce aux avancées scientifiques, selon une conversation captée involontairement par les micros de la télévision chinoise lors d’une grande parade militaire organisée à Pékin en septembre 2025. Interrogé sur le sujet lors d’une conférence de presse, le président russe confirme l’échange et explique: « les moyens modernes, tant au niveau de l’amélioration de la santé que médicaux, et même toutes sortes d’interventions chirurgicales liées au remplacement d’organes, permettent à l’humanité d’espérer qu’une vie active plus longue sera envisageable, bien différente de ce que l’on connaît aujourd’hui ».
Mais vivre jusqu’à 130 ou 150 ans, est-ce vraiment réaliste? « Je pense que c’est tout à fait à notre portée. Cela va se faire dans les générations qui viennent, surtout pour le corps dans son ensemble », estime Alexandre Pouget. En effet, comme dans le cas du foie, il existe des mécanismes biologiques qui permettent aux cellules de se régénérer. « On peut donc imaginer le même type de mécanisme pour tout le reste du corps. Mais il y a un petit souci: c’est le cerveau », pointe le professeur en neurosciences.
Le cerveau, organe complexe et qui garde encore beaucoup de mystères quant à son fonctionnement: « il n’y a pas de mécanisme magique que je connaisse qui permette de maintenir un système nerveux au-delà de cent ans à l’heure actuelle », souligne Alexandre Pouget pour qui cette quête d’immortalité est très vaniteuse et assez vaine. Selon lui, « c’est la peur de la mort qui est un vrai problème ».
Texte: Natalie Bougeard
Propos recueillis par Laurent Huguenin-Elie