La présidente de Migros Genève Sophie Dubuis a remporté en mars le Swiss Who’s Who Women Award. Habituée des postes à responsabilités, elle constate que les femmes doivent faire face à de nombreux obstacles pour les obtenir et que les discriminations se poursuivent une fois en poste.
Ancienne présidente de Genève Tourisme et de la Fédération du commerce genevois, Sophie Dubuis est aujourd’hui présidente de Migros Genève, mais aussi vice-présidente de l’Union patronale suisse. Autant d’engagements qui lui ont valu une distinction aux Swiss Who’s Who Women Award. Le 19 mars dernier, Sophie Dubuis a remporté le Prix du jury, qui récompense son parcours en tant que femme dirigeante en Suisse.
« J’ai été extrêmement émue de recevoir ce prix. C’était une reconnaissance immense », déclare-t-elle vendredi dans La Matinale de la RTS. « C’est évidemment la reconnaissance d’un parcours, mais c’est aussi une certaine responsabilité de se dire que si l’on reconnaît mon parcours, cela veut aussi dire que je peux avoir un impact. Et ça, c’est extrêmement important pour moi. »
A bientôt 52 ans, il m’arrive encore de devoir répéter trois fois certaines choses, de devoir trouver d’autres chemins parce que je suis une femme
Sophie Dubuis, présidente de Migros Genève et vice-présidente de l’Union patronale suisse Une reconnaissance des sacrifices
Pour Sophie Dubuis, ce prix est également une reconnaissance des sacrifices qu’elle a dû faire en tant que femme et « des mauvais moments » qu’elle a rencontrés. « Des moments où vous êtes la meilleure pour un poste, mais qu’on ne vous choisit pas en vous disant clairement que vous allez avoir des enfants à trente ans et que, donc, vous ne pouvez pas prendre un poste à responsabilités », précise la présidente de Migros Genève. « Des moments où vous êtes la responsable et que l’on vient vous demander des tâches qui ne sont pas logiquement dévolues à vous », comme faire le café, par exemple.
Mais même aujourd’hui, après des années de carrière, Sophie Dubuis doit encore faire face à certaines épreuves. « A bientôt 52 ans, il m’arrive encore de devoir répéter trois fois certaines choses, de devoir trouver d’autres chemins parce que je suis une femme », confie-t-elle. « Ce que je constate aujourd’hui, c’est qu’avoir de plus en plus de responsabilités ne vous met pas à l’abri de la discrimination. Et je m’emploie à dépasser cela, pour moi-même et pour les autres femmes. »
Peu de représentativité
Ce traitement s’explique notamment par le fait qu’aujourd’hui encore, les femmes sont très peu représentées dans les postes à haute responsabilité. En 2026, la proportion de femmes au sein des conseils d’administration des 100 plus grandes entreprises suisses se monte à 30%, selon le rapport Schilling. En ce qui concerne les postes de présidence et de direction générale, ce chiffre ne représente que 12%.
Encore aujourd’hui, une femme ne va pas postuler à un poste si elle n’a pas 90% des compétences inscrites sur l’annonce
Sophie Dubuis
« C’est très peu », regrette Sophie Dubuis, qui voit plusieurs explications à cette situation. Elle déplore notamment un certain syndrome de l’imposteur chez les femmes. « Encore aujourd’hui, une femme ne va pas postuler à un poste si elle n’a pas 90% des compétences inscrites sur l’annonce », affirme-t-elle. « Un homme, à 60 ou 70%, il va oser y aller. »
Mais pour que les femmes osent davantage se lancer, il faut réévaluer la façon sont les sélections sont effectuées. Selon Sophie Dubuis, il est impératif que les personnes responsables de la sélection des candidates et des candidats à un poste soient sensibilisées à la question.
Sensibilisation
Elle l’a constaté elle-même au sein du comité de direction de l’Union patronale suisse. En tant que vice-présidente, Sophie Dubuis fait partie des quatre femmes sur les 18 membres que compte la direction de la faîtière. « Cela paraît peu, mais c’est important, parce que j’ai été seule à un certain moment et on a été deux pendant très longtemps », précise-t-elle.
« Le président précédent avait trois filles et a déjà œuvré à ça. Et notre président actuel est le papa d’Angelica Moser, qui a remporté le titre de championne d’Europe de saut à la perche jeudi », poursuit Sophie Dubuis. « Et donc, lui qui a une fille qui a traversé aussi des moments difficiles, il a cette sensibilité-là ».
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La vice-présidente de l’Union patronale suisse estime également que l’introduction de certaines mesures temporaires peuvent être utiles, le temps que « les mentalités puissent changer ». Sophie Dubuis est notamment en faveur de l’introduction des quotas temporaires.
« Et j’aime bien prendre l’exemple, en politique, du Parti socialiste, qui a mis en place ces fameuses listes paritaires qui, semble-t-il aujourd’hui, ne sont pas aussi nécessaires qu’elles l’ont été parce que c’est devenu une coutume et quelque chose de naturel », ajoute-t-elle. « Je suis pour ce genre d’éléments, mais encore une fois, tout d’abord, c’est une question de responsabilité des conseils d’administration, des responsables hiérarchiques. »
Propos recueillis par Adrien Krause
Adaptation web: Emilie Délétroz