A moins de trois mois des élections de mi-mandat, les candidats les plus à gauche du Parti démocrate enchaînent les victoires dans les primaires, relançant le débat sur la meilleure stratégie pour s’imposer face aux républicains en novembre lors des élections de mi-mandat.

Chez les démocrates, on a longtemps préféré miser sur des candidates et candidats prudents, capables de plaire au-delà de leur propre camp, plutôt que sur des profils qui enthousiasment surtout leur base. Une habitude qui est aujourd’hui bousculée.

Ces élections de mi-mandat, qui renouvellent notamment l’ensemble de la Chambre des représentants et une partie du Sénat, serviront de test grandeur nature pour le camp démocrate, deux ans avant la présidentielle de 2028.

A New York, dans le Michigan ou dans le Minnesota, où Peggy Flanagan vient d’être désignée candidate au Sénat, les candidats progressistes l’ont emporté face à des profils plus modérés dans les primaires démocrates. Ces succès ravivent un débat ancien au sein du parti, celui de « l’électabilité », soit la conviction, longtemps dominante chez les démocrates, qu’il faut choisir le candidat le plus consensuel pour maximiser ses chances de l’emporter face aux républicains, quitte à décevoir son propre public.

>> Ecouter le sujet de Tout un monde : Aux USA, le Parti démocrate tenté par la gauche / Tout un monde / 6 min. / hier à 08:12 Une stratégie remise en question

Dans un pays où de nombreux scrutins se jouent à quelques points de pourcentage, cette approche a longtemps porté ses fruits, explique dans Tout un monde Gary Jacobson, politologue à l’Université de San Diego, en Californie. « Ça a payé en 2006 et en 2018 par exemple. En choisissant des modérés, ils ont gagné des sièges républicains », relève-t-il, ajoutant que les élites du parti ont longtemps réussi à imposer ces candidats consensuels.

Il y a le sentiment que plusieurs dirigeants modérés au pouvoir n’en ont pas fait assez, qu’ils manquent d’audace, n’attaquent pas assez Donald Trump

Hans Noel, professeur à l’Université de Georgetown

Mais cette approche est aujourd’hui remise en cause par une partie de la base démocrate. Après deux mandats de Donald Trump et dans un pays très polarisé, une frustration grandit à l’égard de dirigeants jugés trop prudents.

« Il y a le sentiment que plusieurs dirigeants modérés au pouvoir n’en ont pas fait assez, qu’ils manquent d’audace, n’attaquent pas assez Donald Trump », observe Hans Noel, professeur à l’Université de Georgetown. Un constat qui, selon lui, renforce le courant le plus à gauche du Parti démocrate et alimente une question de plus en plus centrale à l’approche du scrutin de novembre: pourquoi continuer à choisir des candidats en fonction de l’électorat du centre plutôt que de la base elle-même?

Le pari de la mobilisation

Reste à savoir si les démocrates peuvent l’emporter en novembre sans miser sur l’électorat modéré. Les campagnes progressistes disposent souvent de moins d’argent et de moins de soutiens au sein du parti. Elles compensent ce manque de moyens en misant sur le porte-à-porte et la mobilisation de bénévoles, résume Gary Jacobson. « Ça marche car les gens sont en colère, enthousiastes, portés par un mouvement », ajoute-t-il.

Certains électeurs sont ravis avec ces candidats plus tranchés, mais d’autres s’en inquiètent, sont mal à l’aise avec l’étiquette gauchiste

Hans Noel, professeur à l’Université de Georgetown

L’objectif est d’aller chercher les abstentionnistes, une stratégie qui s’inspire du parcours de Donald Trump. Celui-ci ne s’est jamais soucié de plaire au camp adverse et a au contraire assumé un discours clivant, ce qui lui a permis de mobiliser des électeurs jusque-là éloignés des urnes. Une partie de la gauche démocrate se demande aujourd’hui si elle ne pourrait pas tenter le même pari, mais ce choix comporte un risque, prévient le professeur Hans Noel: « Certains électeurs sont ravis avec ces candidats plus tranchés, mais d’autres s’en inquiètent, sont mal à l’aise avec l’étiquette gauchiste. » Ces derniers, selon lui, pourraient se détourner du parti, voter républicain ou simplement s’abstenir.

Le scrutin de novembre sera déterminant, prévient le politologue Gary Jacobson. Si les candidats progressistes échouent à se faire élire, ou si les démocrates obtiennent globalement de moins bons résultats que prévu alors que le contexte national leur est plutôt favorable, ce sera la preuve que le pari de l’aile gauche n’a pas fonctionné et elle en portera la responsabilité.

>> Ecouter le sujet de Tout un monde sur les Midterms : Midterms: le système Trump à 6 mois d’un grand test / Tout un monde / 20 min. / le 4 mai 2026

Sujet radio: Michael Peuker

Adaptation web: Amaëlle Steffen