Cent ans après sa naissance le 14 août 1926, René Goscinny continue d’enchanter les générations grâce à ses héros de BD intemporels. RTS Culture vous propose d’esquisser un portrait du scénariste français disparu en 1977 par le biais de ses personnages clés: Astérix, le Petit Nicolas, Lucky Luke et Iznogoud.

Paris, 5 novembre 1977. Le scénariste de BD René Goscinny s’effondre dans un cabinet médical, victime d’une crise cardiaque, à seulement 51 ans. La France vient de perdre l’homme qui l’a fait rire pendant vingt ans. Si des millions de personnes ont grandi avec Astérix, se sont reconnues dans le Petit Nicolas, ont chevauché avec Lucky Luke ou ri des complots d’Iznogoud, peu connaissaient vraiment René Goscinny. Mais ces personnages qui ont bercé notre enfance peuvent nous éclairer sur l’homme qu’était leur créateur.

Astérix ou le rapport ambigu à la France La couverture de "Astérix en Lusitanie". [AFP - HACHETTE LIVRE - GOSCINNY - UDERZO] La couverture de « Astérix en Lusitanie ». [AFP – HACHETTE LIVRE – GOSCINNY – UDERZO]

Astérix incarne le rapport complexe de Goscinny à la France. Né à Paris en 1926 de parents immigrés polonais, exilé en Argentine à 2 ans, il a grandi « français de l’extérieur ». Quand il crée Astérix en 1959 avec le dessinateur Uderzo, il invente le village gaulois qu’il n’a jamais eu: une communauté soudée qui résiste, encore et toujours, à l’envahisseur.

Dans Astérix, Goscinny célèbre la France tout en la moquant tendrement. Les Gaulois y sont chauvins, râleurs, obsédés par la nourriture. Ce regard distancié lui permet également de croquer d’autres peuples avec la même ironie, que ce soit les Espagnols et leur sieste, les Suisses obsédés par la propreté ou les Belges et leur flegme légendaire. Quant au fameux duo Astérix-Obélix, on peut y voir un reflet de sa collaboration avec le dessinateur Uderzo. Petit et cérébral, Astérix a les idées; Obélix le costaud les exécute.

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Qui ne se souvient d’Alceste toujours en train de manger, d’Agnan le chouchou ou d’Eudes le bagarreur? Créé en 1956 avec le dessinateur Jean-Jacques Sempé, Le Petit Nicolas révèle la face la plus personnelle de Goscinny. Derrière les aventures d’un écolier parisien et de ses amis se cache une confession nostalgique: il reconstitue l’enfance française qu’il n’a jamais vécue, lui qui a grandi en Argentine et perdu son père à 17 ans.

Cette œuvre offre aussi un regard anthropologique sur la France des années 1950-1960. Étranger revenu adulte, Goscinny observe avec tendresse les rituels de la bourgeoisie moyenne. L’humour naît du décalage entre l’innocence de l’enfance et la complexité du monde des adultes. Ce conte illustré comporte aussi des aspects philosophiques, comme vivre l’instant présent ou cultiver la joie malgré les épreuves.

Lucky Luke ou la force de l’intelligence Lucky Luke, l'homme qui tire plus vite que son ombre. [RTS] Lucky Luke, l’homme qui tire plus vite que son ombre. [RTS]

Lorsque Goscinny rejoint le dessinateur belge Morris en 1955, il s’empare du mythique Lucky Luke. Ce cow-boy solitaire traverse l’Amérique sans s’y installer, observe sans appartenir, résout les problèmes, puis repart, seul, au soleil couchant, sur son fidèle Jolly Jumper.

Comme son héros, Goscinny possède ce regard décalé capable de voir l’absurdité que les autres acceptent. Il démythifie l’Ouest américain: pionniers cupides, politiciens corrompus, bandits pathétiques. Son humour passe ici par des dialogues ciselés et des personnages mémorables: les Dalton deviennent des anti-héros attachants et le chien Rantanplan incarne la bêtise absolue.

>> A écouter, le premier épisode d’une série consacrée aux 80 ans de Lucky Luke dans Vertigo : Série : « 80 ans de Lucky Luke, portrait dʹun cow-boy solitaire » 1/5 / Vertigo / 5 min. / le 27 juillet 2026

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Iznogoud ou l’ambition dévorante Couverture de l'album "Iznogoud de père en fils!". [imaveditions.com] Couverture de l’album « Iznogoud de père en fils! ». [imaveditions.com]

Créé en 1962 avec Tabary, Iznogoud représente la face sombre de Goscinny. Ce grand vizir n’a qu’une seule obsession destructrice: « devenir calife à la place du calife ». Contrairement aux héros précédents, Iznogoud est antipathique, jaloux, méchant et manipulateur. Il complote contre le calife Haroun El Poussah, un benêt jovial et innocent. Chaque histoire suit le même schéma: élaborer un plan machiavélique qui finit par se retourner contre lui. Ici, l’humour devient noir, grinçant, cruel.

A travers ces quatre personnages mythiques, Goscinny confirme qu’il a fait rire les gens tout au long de sa vie, et cela continue. « Encore aujourd’hui, il continue à inspirer les humoristes et les créateurs, car son humour a vraiment été novateur en jouant avec les jeux de mots, les calembours, les clins d’oeil, la satire », précise sa fille Anne Goscinny dans une interview accordée à l’AFP.

sc/ats