On croirait presque entendre une blague: la Suisse n’a pas assez d’argent pour inviter les chefs d’Etat et de gouvernement au sommet de l’intelligence artificielle qu’elle va organiser! Sérieusement? La Suisse est pauvre? L’IA n’est pas un sujet très important? Les répercussions d’une telle rencontre sont dérisoires, notamment pour la Genève internationale? Précisons tout de même que la somme allouée par le Conseil fédéral – 6 millions de francs – permet d’inviter les représentants des pays organisateurs passés et futurs, a rassuré le conseiller fédéral Albert Rösti lors de cette annonce. Pour le reste, les ministres feront l’affaire.
Après que deux conseillers fédéraux se sont battus pendant trois ans pour décrocher le sommet, voilà la souris dont a accouché le gouvernement lors de sa séance du 12 août. Il existe de nombreux arguments en faveur d’une approche pragmatique et mesurée. Six millions de francs, c’est déjà beaucoup d’argent. Les sujets de préoccupation ne manquent pas à l’issue de cet été de tous les dangers, notamment climatiques. Le frein à l’endettement contraint la Suisse à gérer ses finances publiques avec précaution. La société civile peut contribuer de manière importante, et de manière plus créative que des chefs d’Etat à ce sujet. Les précédents sommets ont coûté des dizaines de millions et leur impact a été discutable, pour certains. Et enfin, les ministres et leurs équipes d’experts maîtrisent mieux les dossiers et feront tout aussi bien avancer les choses. Cela évitera au moins à Genève un nouvel enjeu sécuritaire façon G7.
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Agir sur la gouvernance de l’IA
Mais Genève a une place à défendre en matière de gouvernance mondiale de l’intelligence artificielle, s’appuyant sur les Conventions de Genève, et abordant les enjeux cruciaux du droit international, de l’IA et de la guerre, notamment. La Suisse a aussi son avenir à préparer, en favorisant les contacts entre investisseurs et entrepreneurs et le développement de sociétés qui dessinent une IA performante, responsable et concurrentielle.
Rien n’empêche la Suisse d’organiser un sommet productif, favorisant les contacts et échanges utiles avec la société civile, les scientifiques, les hautes écoles. Mais annoncer ce sommet au niveau ministériel, c’est comme avertir par avance qu’il ne faut pas trop en attendre. Et pour parler d’argent, au vu de la contribution genevoise aux finances fédérales (543 millions de francs en 2026), quelques millions de plus pour l’événement international dans la ville lémanique auraient pu sembler justifiés. Même si, bien sûr, la péréquation financière ne fonctionne pas comme ça! Quel rôle la Suisse veut-elle jouer à l’avenir? En somme, le tout se résume à une question pour le pays. La question de son ambition.
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