l’essentiel
À 61 ans, Béatrice Fernando est devenue une figure incontournable de la sculpture dans le Gers. Installée à Mourède, elle vit de son art et organise depuis treize ans le festival Avoz’Art, qui réunit chaque été des sculpteurs du département. Derrière cette double casquette se cache une même philosophie : créer librement et transmettre sa passion. Rencontre.

Chez Béatrice Fernando, tout part d’une envie de liberté. Une liberté qui l’a poussée à inventer sa propre matière, à vivre de son art, mais aussi à créer un festival entièrement dédié à la sculpture.

Pourtant, enfant, elle se destinait davantage à la peinture. « Je peignais beaucoup, mais je pense que j’avais besoin de matière car j’aimais beaucoup peindre avec les mains. » Le déclic survient après avoir découvert un film consacré à Camille Claudel, la célèbre sculptrice française, réalisé par Bruno Nuytten. Elle se met aussitôt au modelage. Très vite, une frustration apparaît : devoir dépendre d’un four ou d’un mouleur pour terminer ses œuvres. « Je voulais être autonome de A à Z dans mes créations. » Après de nombreux essais, elle met au point un matériau qu’elle fabrique elle-même, mélange de grès, de chaux et de fibres, qui lui permet de modeler sans cuisson. Une technique devenue sa signature.

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Ses personnages, grands et élancés, lui rappellent souvent Giacometti. Si elle admire le sculpteur suisse, leur silhouette trouve surtout son origine dans une rencontre. À Toulouse, où elle fait ses premiers pas dans un atelier où elle côtoie Jean-Louis Lemercier, un artisan qui réalise des tables en béton. « Il était très grand, très maigre, toujours les bras ballants. Un jour, il m’a dit : ‘Tu es en train de me faire.’ J’ai vite compris que c’était lui qui m’avait inspirée. » Depuis, même ses animaux adoptent ces lignes fines et étirées.

Un festival né d’un coup de cœur

L’idée d’Avoz’Art* naît au festival de sculpture de Montauban. Séduite par ce rendez-vous entièrement consacré à cette discipline, Béatrice Fernando demande l’autorisation de s’en inspirer. À Mourède, la municipalité accepte d’ouvrir les portes de l’église. Quelques collègues répondent présents pour cette première édition. Treize ans plus tard, le festival n’a jamais connu d’interruption, pas même pendant la crise sanitaire.

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À l’intérieur de l’église de Mourède, 25 artistes, pour la plupart gersois, exposent leurs sculptures.

À l’intérieur de l’église de Mourède, 25 artistes, pour la plupart gersois, exposent leurs sculptures.
DDM – Neyla Dahrouch

Aujourd’hui, il accueille 25 sculpteurs, pour la plupart Gersois, rejoints par quelques artistes installés depuis plusieurs années dans le département. Chaque été, près de 2 000 visiteurs viennent découvrir leurs œuvres. Les ventes sont aussi au rendez-vous, avec un record de 72 sculptures vendues lors de la précédente édition.

Vivre de sa passion et la transmettre

Si Béatrice Fernando parvient aujourd’hui à vivre de son métier, c’est grâce à un équilibre entre petites et grandes pièces, mais aussi au soutien de plusieurs galeries, comme le Bouillon d’Art à Bordeaux, qui diffusent son travail en France et à l’étranger. Ses sculptures ont ainsi rejoint des collections en Inde, aux États-Unis, en Australie ou encore à Dubaï.

Depuis l’an dernier, elle a ajouté une nouvelle dimension au festival : des stages d’initiation gratuits au modelage et à la sculpture sur pierre. « J’aurais aimé qu’on me dise à l’époque qu’il existait un stage pour essayer. » À 61 ans, Béatrice Fernando continue de créer avec la même exigence qu’à ses débuts. Sans rechercher le luxe, simplement le privilège de vivre de son art. « Je vis de ma passion. Il me suffit du minimum… »

(*) Le Festival Avoz’Art se poursuit à Mourède jusqu’au 23 août. Plus d’informations sur le site : https://avozart.com/