La scène musicale zurichoise s’apprête à perdre deux salles de concert majeures. Le X-tra et le Komplex 457 fermeront leurs portes l’an prochain. Pour les professionnels du secteur, leur disparition menace un maillon essentiel de la chaîne des tournées internationales et pourrait, à terme, priver la Suisse de certains artistes.

A la fin des années 1990, le X-tra avait notamment accueilli Eminem, alors encore au début de sa carrière. Plus récemment, la salle a vu défiler The Killers, Iggy Pop, Wiz Khalifa ou encore Major.

Ouvert en 2011, le Komplex 457 s’est lui aussi imposé comme une adresse incontournable. Queens of the Stone Age y a notamment donné un concert. Mais bientôt, ce sera le silence.

Victimes de la pression immobilière

La raison de ces fermetures est avant tout immobilière. Le X-tra doit laisser place à un nouveau complexe comprenant des logements locatifs et un hôtel. A Altstetten, le Komplex 457 sera remplacé par des bureaux.

La disparition de ces deux salles pourrait sembler anecdotique dans une ville qui compte déjà de nombreux lieux de concert. Mais pour les professionnels du secteur, le problème ne se résume pas au nombre de salles disponibles. Avec des capacités d’environ 1000 à 1800 spectateurs, le X-tra et le Komplex 457 occupent un créneau particulièrement important.

La plupart des artistes disent: ‘Soit je joue sur le marché principal, dans la plus grande ville, soit je préfère ne pas m’intéresser à ce pays’

Stefan Wyss, directeur associé, Concerts et tournées, chez Gadget Entertainment Group

Pour Derrick Thomson, le directeur général suisse de Live Nation, leader mondial du divertissement, ces salles jouent précisément le rôle de tremplin dont la scène musicale a besoin: elles permettent aux artistes de franchir une étape avant d’accéder aux plus grandes scènes.

« Ces deux salles affichent un très bon taux de fréquentation: tant au X-tra qu’au Komplex 457, entre 80 et 100 concerts ont eu lieu chaque année », souligne Stefan Wyss, directeur associé ‘Concerts et tournées’ chez Gadget Entertainment Group, dont le propriétaire majoritaire est le leader européen de la billetterie en ligne et de la production de spectacles CTS Eventim.

Un maillon difficile à remplacer

A Zurich, les alternatives existent, mais elles ne sont pas forcément adaptées. Le Volkshaus et le Kaufleuten affichent régulièrement complet longtemps à l’avance. La Halle 622, à Oerlikon, et The Hall, à Dübendorf, disposent de capacités plus importantes, mais leurs coûts d’exploitation sont également supérieurs.

Résultat: une partie des concerts pourraient être déplacés vers d’autres villes suisses. Mais le risque le plus important est que certains artistes décident tout simplement de ne pas venir en Suisse.

« S’il n’y a pas de place à Zurich, seule une petite partie des artistes dira: ‘D’accord, alors on jouera à Lausanne ou à Berne' », explique Stefan Wyss. « La plupart disent: ‘Soit je joue dans la plus grande ville, sur le plus grand marché, soit je préfère ne pas m’intéresser à ce pays.' »

Le risque est particulièrement important pour les artistes américains et britanniques, estime-t-il. Certains ne donnent que six ou sept concerts en Europe lors d’une tournée et privilégient les marchés qu’ils considèrent comme prioritaires.

Selon les professionnels du secteur, si un groupe ne passe pas par la Suisse au moment clé de son ascension, il risque de ne jamais y revenir, même s’il devient ensuite célèbre.

La Ville de Zurich reconnaît le problème

La municipalité est consciente de l’enjeu. Cet été, l’exécutif zurichois a répondu à une motion urgente déposée par la gauche, qui s’inquiétait de la disparition des deux salles de concert.

« Nous voulons que Zurich continue d’accueillir non seulement les très grandes stars, mais aussi des artistes qui s’adressent à d’autres publics », souligne Jonas Keller, conseiller municipal socialiste et l’un des auteurs de la motion.

La Ville exclut toutefois, pour l’heure, une aide financière directe aux exploitants privés et souhaite d’abord analyser la situation plus précisément avant d’envisager d’éventuelles mesures.

« Il faut agir dès maintenant »

Cette réponse satisfait seulement en partie les professionnels du secteur. Stefan Wyss salue le fait que la Ville ait reconnu le problème, mais estime qu’il faut désormais passer à l’action. Les organisateurs travaillent déjà sur les tournées de l’automne 2027 et constatent que les créneaux disponibles se raréfient.

A moyen terme, il plaide pour la création de nouvelles salles de capacité intermédiaire, notamment grâce à de nouveaux projets ou au soutien de lieux privés. A court terme, il propose d’explorer des solutions temporaires: halles, espaces industriels ou autres sites disponibles pourraient être aménagés pour accueillir certains concerts.

Valentin Jordil