«On se fait chier en province, c’est pour ça qu’on a des enfants très tôt», nous disait, mi-taquin mi-sérieux, un ami très vite devenu père de trois garçons après avoir grandi dans la désormais fameuse diagonale du vide. C’était encore plus vrai au siècle dernier, à l’époque du téléphone fixe et des deux chaînes télé nationales en noir et blanc. André-Marc Dubos, acteur du monde culturel et associatif à Mont-de-Marsan, n’a lui non plus rien oublié de sa jeunesse dans le Sud-Ouest, entre impasses et immobilisme: «Au début des années 1970, il ne se passait jamais rien en rock en France. On s’emmerdait dans des petites villes comme la nôtre. C’est pour ça qu’on a décidé de faire des concerts», rembobine-t-il. Une énergie du désespoir salvatrice, qui aboutira à un événement majeur: le «Mont-de-Marsan 1976», tout premier festival labellisé «punk» en Europe – un mois avant celui du 100 Club à Londres, le premier du genre en Angleterre.
Les germes de cette belle aventure furent plantés dès 1973 après que Nico, l’ex-chanteuse du Velvet Underground, était venue jouer en solo dans la préfecture des Landes. «Elle était avec nous depuis trois jours et elle ne voulait plus repartir, il avait fallu la mettre dans le train. Elle avait ensuite raconté dans tout Paris que Mont-de-Marsan, c’était l’endroit où il fallait absolument aller», sourit Dubos. Les Parisiens l’ont bien entendue, notamment Marc Zermati, personnage mythique de la mouvance néo-punk et disquaire à l’Open Market – là où les clients qui venaient demander le dernier Genesis étaient foutus dehors à coups de pied dans les fesses. Les deux hommes, aidés par quelques autres bonnes volontés, ont alors décidé de foncer.