À la lecture du scénario de « La Bataille de Gaulle », quelle a été votre première impression ?

Quand j’ai reçu les premiers scénarios, je m’attendais à un biopic sur le général de Gaulle, à un film politique. Le premier sentiment que j’ai eu en fermant les deux scénarios, c’est une forte émotion. J’ai été surpris par la sensibilité qu’Antonin Baudry (le réalisateur, NDLR) a réussi à insuffler à cette histoire. Je ne m’attendais pas à être aussi ému par la destinée individuelle de ces hommes qui ont pris un risque incroyable, ni par la destinée de la France. Antonin a raconté la capitulation d’abord, l’aventure de la France libre avec le général de Gaulle ensuite et, enfin, la victoire. Je comprends, à la lecture du scénario, qu’il a réussi à faire naître un sentiment de patriotisme noble et lumineux.

Vous jouez donc René Pleven : connaissiez-vous cet homme et le rôle qu’il a joué dans l’Histoire ?

J’ai tout découvert. J’avais des connaissances sur la Seconde Guerre mondiale, sur l’aventure de la France libre, sur l’audace de De Gaulle mais le nom de Pleven n’était jamais cité par mes professeurs. C’était un nom que je connaissais mais qui ne m’évoquait pas grand-chose. Et c’est assez fou, d’ailleurs, de voir à quel point sa place a été fondamentale au côté du général pendant toutes ces années de guerre et les années qui ont suivi avec la reconstruction de la France. C’était un homme de l’ombre.

Dans les premières lettres qu’il envoie à sa femme, René Pleven fait part de ses doutes. Il n’est pas sûr d’avoir fait le bon choix.Comment avez-vous travaillé ce personnage ?

J’ai beaucoup lu et j’ai recherché les quelques photos qui existent de lui. J’ai aussi longuement écouté quelques discours qu’il a pu prononcer tout au long de sa vie, au sein de l’appareil d’État français. Surtout, ce qui a été très important pour moi, c’est la découverte de la correspondance qu’il a entretenue avec sa femme pendant les premières années de la France libre, à Londres. Elle et ses enfants se trouvaient aux États-Unis. Ces correspondances ont été un trésor pour moi, sur le regard intime qu’il pouvait porter sur les évènements historiques. Mais aussi sur sa complicité, au départ délicate et ensuite grandissante, avec le général.

Qu’avez-vous découvert de précis sur Pleven via ces écrits-là ?

Dans les premières lettres qu’il envoie à sa femme, il fait part de ses doutes. Pendant les premiers temps de la France libre, le statut du général était précaire. Sa reconnaissance était encore toute relative et il était contesté de toutes parts. Pleven avait un instinct de résistance, l’envie de s’engager profondément, de continuer le combat. Il n’acceptait pas la défaite, lui non plus. Mais longtemps, il s’est demandé s’il avait choisi le bon candidat pour mener cette bataille. En retour, sa femme lui disait : « Ne reste pas avec cet homme, il est seul, il est fou, il n’arrivera à rien. Quitte-le. » Il est resté.

Pourquoi est-il resté ?

Il avait l’intuition qu’il était en face d’un homme ayant les épaules pour incarner la résistance, pour incarner à lui seul l’État français, à un moment où celui-ci est en déliquescence quelque part à Vichy.

Dans le premier film, il y a cette scène forte dans laquelle votre personnage décide de rallier de Gaulle après avoir croisé des Bretons de l’île de Sein venus répondre à son appel. Vous connaissiez ce passage et cet évènement historique ?

Non, je ne connaissais pas cet épisode. Peut-être qu’il est un peu romancé, je ne suis pas sûr que la décision de Pleven d’accompagner de Gaulle soit vraiment liée à cet événement-là. Pour un Breton de naissance comme l’était René Pleven, se dire que les premiers Français à rallier le général sont des Bretons qui ont traversé la Manche, oui, dans le film, ça compte beaucoup. Qu’après avoir refusé une première fois d’accompagner le général, il entende parler breton juste à côté de lui, ça a sans doute joué. Mais avant d’être breton, Pleven se sentait profondément français. C’est surtout son appartenance à la République française qui a déterminé son engagement.

Grâce à votre interprétation, avez-vous le sentiment d’avoir remis au premier plan le rôle joué par le Rennais René Pleven ?

Je suis très heureux de pouvoir rendre ses lettres de noblesse à René Pleven qui a eu une place importante dans l’aventure de la France libre. Je pense que l’humilité de cet homme, sa grande probité, son honnêteté intellectuelle et humaine, ont fait qu’il ne s’est jamais mis au premier plan. Jamais. À cette époque-là, sur toutes les photos, il est toujours un peu derrière, un peu à côté. Mais il est là.

La personne qui est restée fidèle tout au long de sa vie, tout au long de la guerre, c’est René Pleven.En vous documentant sur ce personnage, qu’est-ce qui vous a le plus surpris ?

Ce qui m’a surpris et beaucoup ému dans l’écriture de ce personnage, c’est vraiment sa profonde humilité et la confiance absolue qu’il a eue, très vite, en de Gaulle. Ce que le film raconte d’une très belle manière, c’est la fidélité. La personne qui est restée fidèle tout au long de sa vie, tout au long de la guerre, c’est René Pleven. Je pense, mais peut-être que je me trompe, qu’il est l’homme qui a permis à de Gaulle d’exister véritablement à Londres, qui lui a donné des moyens.

En quoi Pleven a-t-il été le plus utile pour de Gaulle ?

René Pleven était à Londres depuis très longtemps. Il avait des contacts politiques et médiatiques. Il a été le compagnon fondamental de De Gaulle dans les premières années de la France libre, à Londres. Le général avait besoin à ses côtés d’un homme qui connaisse les arcanes politiques, économiques, administratifs. De Gaulle était surtout un militaire. Il avait déjà une grande pensée politique, mais c’était surtout un militaire. Il avait besoin d’un homme qui puisse administrer. Il avait besoin d’un serviteur de l’État.

Dans le second film, on sent aussi que Pleven doute des choix parfois radicaux du général…

Dès le départ, il est toujours un peu paniqué à l’idée des choix que veut faire le général. Il pense à chaque fois que le général court à sa perte en étant à ce point radical. La radicalité de De Gaulle l’effraie et le fascine à la fois. C’est pour ça qu’il le suit.

Les liens sont assez forts entre de Gaulle et Pleven : était-ce aussi le cas entre les acteurs, Simon Abkarian, qui joue le rôle du général et vous ?

Ce film m’a permis de rencontrer Simon Abkarian. On était les deux acteurs de théâtre sur le plateau de tournage et sans doute que cette complicité d’hommes de théâtre nous a rapprochés. Tout au long du tournage, s’est tissée entre nous une relation qui ressemble à celle qui s’est tissée entre de Gaulle et Pleven. J’étais souvent là pour accompagner Simon dans les moments forts du tournage, pour discrètement l’encourager. J’étais assez impressionné par le travail que Simon faisait sur le film.

À titre personnel, quel est votre lien avec la Bretagne ?

Je pense que le prénom que mes parents ont choisi pour moi était lié à ce pays. Parce que mes parents se sont rencontrés en Bretagne et depuis que je suis né, je viens tous les étés dans cet endroit assez incroyable qu’est le Finistère sud. C’est un peu un pays d’adoption quand même ! Ça fait 50 ans que, tous les étés, je reviens ici aux mêmes endroits. Je me sens un peu comme chez moi.