Après deux années passées à promouvoir les NPU et les fonctions de Copilot+, Asus déplace en 2026 son discours vers les usages. Le constructeur conserve l’environnement de Microsoft, mais lui retire l’exclusivité de la démonstration de valeur en associant ses portables aux services d’intelligence artificielle de Google. Asus cherche ainsi à compenser la difficulté des fabricants à faire du « PC IA » un motif d’achat autonome.
Les fabricants ont d’abord présenté le PC IA comme une rupture matérielle. Un processeur neuronal devait exécuter localement certaines tâches, réduire le recours au cloud et ouvrir de nouveaux usages dans Windows. Microsoft a donné un nom à cette promesse avec Copilot+ et fixé un seuil minimal de 40 000 milliards d’opérations par seconde pour le NPU. Asus a repris cet argument à Computex 2024, puis au CES 2025, en annonçant un « nouveau chapitre de l’IA sur PC » et « l’IA pour tous ».
Les NPU équipent progressivement les nouveaux processeurs. Pourtant, les acheteurs renouvellent leurs postes pour remplacer une machine vieillissante, migrer vers Windows 11 ou prolonger l’autonomie. L’intelligence artificielle accompagne alors l’achat sans nécessairement le provoquer. Pour relancer l’intérêt, Asus donne désormais accès à une pile de services immédiatement utilisables au lieu de demander au client d’imaginer ce que la puissance du NPU lui apportera un jour.
Le NPU se généralise sans créer la demande attendue
Gartner a prévu en septembre 2024 114,2 millions de livraisons en 2025. Onze mois plus tard, il a ramené ce volume à 77,8 millions, soit 31 % du marché. L’écart atteint 36,4 millions de machines, près d’un tiers du total initial. Cette révision porte sur des ventes attendues et non sur un décompte d’invendus. Elle établit que les perspectives initiales ne se sont pas maintenues.
Cette réserve figurait déjà dans la prévision Gartner de 2024. Le cabinet estimait que les entreprises finiraient par acheter des PC IA parce que le NPU deviendrait un composant standard et que les autres configurations disparaîtraient progressivement. Elles refuseraient cependant de payer un supplément pour les fonctions d’intelligence artificielle. Dans ce cas, une machine dotée d’un NPU peut être vendue lors d’un renouvellement ordinaire sans que l’IA ait motivé la décision. La progression de cette catégorie ne suffit pas à démontrer que la promesse commerciale a convaincu les acheteurs.
En 2025, Gartner a attribué la croissance des ventes professionnelles aux migrations depuis Windows 10 et au remplacement des postes achetés pendant la pandémie. L’IA faisait partie des nouvelles configurations. Le calendrier de renouvellement déclenchait la dépense. Les fabricants doivent fournir des usages concrets s’ils veulent que le PC IA pèse dans le choix d’un modèle plutôt que d’arriver comme une caractéristique incluse par défaut.
Google transforme la promesse matérielle en services utilisables
Asus ouvre jusqu’au 9 août 2027 trois mois d’accès à Google AI Pro ou Google AI Plus sur des modèles éligibles des gammes ROG, TUF Gaming, ProArt, Zenbook et Vivobook. L’activation passe par MyASUS et exige un moyen de paiement. L’abonnement continue au tarif mensuel courant après la période offerte si l’utilisateur ne le résilie pas. L’opération couvre ainsi le jeu, la création et la bureautique, au-delà des seules machines vendues sous l’appellation Copilot+.
Google AI Pro comprend Gemini, la recherche approfondie, NotebookLM, les fonctions de Gemini dans Gmail et Docs, ainsi que l’outil de création vidéo Flow. Cette pile accompagne d’emblée des tâches quotidiennes identifiables par l’utilisateur. Elle forme un ensemble fonctionnel plus facile à vendre qu’une capacité de calcul exprimée en TOPS et permet à Asus et Google de mesurer son adoption. Asus indique 19,99 dollars par mois pour Pro et 4,99 dollars pour Plus, avec des variations selon les marchés.
Gemini, NotebookLM et Flow s’exécutent principalement dans l’infrastructure de Google et dépendent peu de la puissance du NPU installé dans le portable. Asus fournit la machine et le canal d’activation, tandis que Google récupère la relation d’abonnement après les trois mois offerts. Le constructeur obtient un argument commercial immédiat, mais une conversion payante valide d’abord le service de Google. Elle ne démontre pas que le client aurait acheté le portable pour son NPU.
Asus avait testé ce mécanisme dès 2024 en offrant Google One AI Premium avec certains Chromebook Plus. L’extension aux portables Windows fait entrer l’IA dans une pratique connue, le matériel sert de point d’entrée à un service que son éditeur espère ensuite facturer.
Asus conserve Copilot et ouvre ses PC IA à Gemini
Asus poursuit son partenariat avec Microsoft et continue de présenter en 2026 des Zenbook, des Vivobook, des ExpertBook et des mini-PC, comme des Copilot+ PC. Ces machines conservent Windows, leur NPU et les fonctions locales ou intégrées au système, dont Recall, Click to Do, les effets Windows Studio et la recherche améliorée. Asus cesse en revanche de réserver à Copilot la démonstration des usages censés justifier l’étiquette « PC IA ».
Gemini et Copilot se retrouvent sur les mêmes portables. Asus accepte que les deux assistants se disputent l’attention de l’utilisateur et ses futurs abonnements, car leur coexistence augmente les chances qu’un des deux rende l’IA utile au quotidien. Cette stratégie limite la dépendance commerciale du constructeur envers la seule proposition de Microsoft. Elle indique aussi qu’Asus attend désormais davantage qu’une certification Copilot+ pour différencier et vendre ses machines.
Copilot+ désigne une catégorie de matériel et de fonctions Windows, tandis que Google AI correspond à un abonnement cloud accessible depuis plusieurs appareils. Les deux offres cohabitent techniquement. Elles entrent cependant en concurrence lorsque l’utilisateur choisit l’assistant auquel il confie ses documents, ses recherches et son paiement mensuel. Asus protège la compatibilité avec Microsoft tout en laissant Google tenter de capter l’usage.
Les portables Asus associent désormais une IA exécutée localement et un service cloud Google. Pour les DSI, ces deux architectures n’engagent ni les mêmes données, ni les mêmes contrats, ni la même dépendance. La capacité d’inférence locale dépend aussi de la mémoire et de sa bande passante, pas seulement du nombre de TOPS. Une activation individuelle dans MyASUS risque de placer un abonnement Google hors du catalogue logiciel administré par l’entreprise.
Ainsi, l’offre de trois mois tente de relancer l’intérêt pour les portables IA en changeant la nature de la promesse. Asus vendait une capacité matérielle censée préparer l’avenir. Il offre maintenant trois mois de services capables de produire un résultat dès l’ouverture de la machine. Ce passage du NPU à l’usage confirme le maintien de Copilot. Il montre que Copilot+ ne suffit plus, seul, à donner au client une raison d’acheter un PC IA.
