Sous l’effet conjugué des crises géopolitique et climatique, les prix concédés par des navires marchands pour transiter par le canal du Panama explosent. Certains ont même payé plus de trois millions de francs pour un seul passage.

Alors qu’en temps normal, une traversée du canal du Panama, cette route maritime d’Amérique centrale reliant les océans Pacifique et Atlantique, coûte entre 200’000 et 700’000 francs, la fréquentation actuelle crée des ’embouteillages’. Résultat: depuis le début de l’année, plusieurs compagnies ont déboursé des sommes astronomiques pour griller la file d’attente.

Cette congestion est, d’une part, une des conséquences du blocage du détroit d’Ormuz, lié à l’attaque des Etats-Unis contre l’Iran et qui pousse les navires commerciaux à emprunter d’autres routes.

Le coupable? El Niño

Mais aux perturbations géopolitiques s’ajoute la crise climatique: alors que l’Amérique centrale souffre également de la sécheresse, le niveau du lac qui alimente le système d’écluses du canal est moins élevé.

« Le phénomène climatique El Niño assèche littéralement l’Amérique centrale et le nord de l’Amérique du Sud, ce qui pose des grands problèmes hydriques au canal de Panama », explique dans La Matinale Paul Tourret, directeur de l’Institut supérieur d’économie maritime de Saint-Nazaire, en France. Un problème qui risque de devenir de plus en plus récurrent.

Des coupe-files souvent inaccessibles

« La réaction du canal de Panama, c’est de faire des barrages tarifaires, avec une proposition presque indécente de couper la file contre des millions de dollars pour des navires qui auraient le besoin, ou l’envie, de passer plus vite », poursuit-il.

Les très grandes compagnies peuvent donc s’arroger le privilège de passer en priorité, tandis que les petits et moyens armateurs se retrouvent bloqués, ou étudient d’autres passages qui allongent leur temps de parcours.

Jacqueline Pirszel/jop