En nommant Mélina Neuhaus responsable éditoriale, MHD SA fait évoluer l’organisation de Marie Claire Suisse sans modifier sa gouvernance. Derrière cette nomination se dessine surtout un enjeu familier des marques médias: mieux coordonner éditorial, digital, marketing et événementiel pour transformer une marque historique en plateforme multicanale.
À partir du 1er août 2026, Mélina Neuhaus occupe la fonction de responsable éditoriale de Marie Claire Suisse. Directement rattachée à Marc-Henri Debluë, éditeur et directeur de la publication, elle devient son relais opérationnel pour piloter l’éditorial, coordonner l’équipe et accompagner les développements digitaux, marketing et événementiels du titre.
La nomination pourrait être lue comme un simple changement d’organigramme. Elle traduit pourtant une problématique beaucoup plus large pour les éditeurs: comment faire évoluer une marque issue de la presse magazine alors que sa valeur ne repose plus uniquement sur la production d’un titre imprimé, mais sur sa capacité à exister de manière cohérente sur plusieurs canaux et à fédérer lecteurs, communautés et partenaires commerciaux?
Passer d’un titre à un écosystème de marque
C’est probablement là que se situe le principal enjeu de cette nouvelle organisation. Marie Claire Suisse est présente sur le marché helvétique depuis 23 ans sous l’impulsion de Marc-Henri Debluë. Celui-ci conserve la définition des orientations stratégiques, éditoriales, institutionnelles et commerciales, ainsi que les relations avec la marque Marie Claire à l’international.
Mélina Neuhaus reçoit pour sa part une mission essentiellement opérationnelle: transformer ces orientations en projets et coordonner leur exécution. Cette séparation plus explicite entre stratégie et mise en œuvre est significative dans un univers média où les frontières entre rédaction, marketing, commercial, digital et événementiel deviennent de plus en plus poreuses.
Pour une marque magazine, la question n’est en effet plus seulement de savoir quels contenus publier. Il faut déterminer comment ces contenus circulent, comment ils prolongent l’identité de la marque sur les plateformes numériques, comment ils peuvent nourrir des événements et, surtout, comment l’ensemble peut créer de la valeur pour les audiences comme pour les annonceurs.
Le choix d’un profil transversal prend ici tout son sens. Économiste d’entreprise HES, spécialiste des relations publiques et journaliste, Mélina Neuhaus compte plus de vingt ans d’expérience dans la communication et les médias. Elle connaît surtout Marie Claire Suisse de l’intérieur puisqu’elle collabore avec le titre depuis quinze ans.
La coordination devient une fonction stratégique
Le terme de «responsable éditoriale» ne raconte ainsi qu’une partie du poste. Les responsabilités annoncées couvrent également le digital, le marketing et l’événementiel. Elles positionnent la fonction à l’intersection de plusieurs métiers qui ont longtemps évolué dans des silos distincts au sein des entreprises de presse.
Cette évolution est révélatrice des transformations du secteur. Pour les médias disposant d’une marque forte, l’enjeu consiste de plus en plus à construire une continuité entre contenus, audience, expériences et solutions destinées aux partenaires commerciaux. L’éditorial reste le socle de la crédibilité, mais il devient aussi l’un des éléments d’un système de marque plus large.
Cela suppose toutefois de préserver une distinction essentielle: l’intégration des activités ne peut produire de valeur durable que si l’identité éditoriale reste lisible. Pour les annonceurs également, la force d’une marque média repose précisément sur la confiance et la relation qu’elle entretient avec son audience. La diversification commerciale et la cohérence éditoriale sont donc moins contradictoires qu’interdépendantes.
Une marque internationale, une expression suisse
Marie Claire présente une particularité intéressante dans ce contexte: la marque existe dans 31 pays, tandis que son édition helvétique doit conserver une pertinence propre à son marché.
Ce modèle oblige à travailler sur deux niveaux. L’appartenance à une marque internationale apporte une identité et une reconnaissance qui dépassent le marché national. Mais la valeur d’une édition locale dépend de sa capacité à interpréter cette identité en fonction des réalités culturelles, économiques et publicitaires du pays.
Pour Marie Claire Suisse, la nouvelle organisation semble précisément vouloir renforcer cette articulation. Mélina Neuhaus évoque ainsi la volonté de conjuguer «l’héritage d’une grande marque internationale» avec «une expression suisse forte, contemporaine et exigeante».
Dans un petit marché médiatique comme la Suisse romande, cette capacité d’adaptation locale est déterminante. Les éditeurs évoluent dans un environnement où les investissements publicitaires sont disputés à la fois par les médias nationaux, les plateformes numériques internationales, les créateurs de contenus et les multiples canaux propriétaires développés par les marques elles-mêmes.
Dans ce contexte, la proximité avec une audience clairement identifiée peut devenir un avantage compétitif. À condition de pouvoir la traduire en formats et en dispositifs suffisamment différenciants pour les partenaires commerciaux.
Une organisation resserrée autour de trois fonctions
La réorganisation ne remet pas en cause les autres responsabilités clés du titre. Dominique Breschan reste en charge de la gestion et du développement des relations commerciales avec les annonceurs et les agences, tandis que Janine Debluë poursuit la coordination de la production des éditions. Mélina Neuhaus vient donc compléter le dispositif en assurant davantage de transversalité entre ces fonctions et les projets éditoriaux.
Pour MHD SA, le véritable test de cette organisation sera désormais sa capacité à transformer cette coordination en nouveaux projets et, à terme, en création de valeur. Car la transformation des magazines ne passe plus nécessairement par une rupture spectaculaire avec leur modèle historique. Elle peut aussi venir d’une exploitation plus structurée de ce qui constitue leur principal actif: une marque éditoriale, une expertise, une communauté et la confiance construite au fil du temps.