L’heure de la rentrée a sonné dans les cantons de Vaud, Genève, Neuchâtel et du Jura, avec l’intelligence artificielle comme invitée de marque. Au micro de La Matinale, David Rey, président du Syndicat des enseignantes et enseignants romands, salue l’établissement d’un « cadre clair » entre les cantons, tout en insistant sur l’esprit critique des élèves.
Les cantons de Vaud et Fribourg ont franchi un cap en introduisant cette année des outils d’IA pour les élèves de 12 à 15 ans. Une nouveauté qui suscite autant d’espoir que de questionnements.
Invité de La Matinale, David Rey, président du Syndicat des enseignantes et enseignants romands, se veut toutefois rassurant. « Il n’y a pas forcément une appréhension très marquée parce que ça fait quand même déjà quelques années qu’elle est présente », observe-t-il.
Ce qui change véritablement cette année? La mise en place d’un « cadre clair », établi au niveau intercantonal, qui offre aux enseignants et aux élèves des repères communs, permettant « d’aborder l’IA de manière plus apaisée ». Si des disparités cantonales persistent dans les modalités d’application, « au moins, il y a une ligne directrice commune », se réjouit-il.
Il y a un certain nombre de résultats de l’IA parfois erronés ou qui méritent d’être questionnés, d’être critiqués
David Rey, président du Syndicat des enseignantes et enseignants romands
Malgré des perspectives intéressantes autant pour les élèves que pour les professeurs, des voix s’élèvent toutefois pour questionner son réel intérêt pédagogique.
« La crainte, c’est que l’IA enlève un peu le goût de l’effort », souligne David Rey. L’apprentissage par l’erreur, ou par le fait de « tâtonner un peu avant d’arriver au résultat final » — pierre angulaire de la pédagogie — pourrait être mis à mal par les réponses immédiates et standardisées de l’IA.
Face à ce défi, la solution réside dans l’éducation à l’outil lui-même. « La volonté est claire: c’est d’abord travailler avec les élèves sur comment fonctionne une IA, quels sont ses avantages et ses inconvénients », précise le président du syndicat.
>> Ecouter l’interview complète de David Rey, dans La Matinale : Vaud et Fribourg introduisent des outils d’intelligence artificielle à l’école: interview de David Rey / La Matinale / 6 min. / aujourd’hui à 07:18 Développement de l’esprit critique
L’objectif est donc d’accompagner. Dans cette démarche, le développement de l’esprit critique des élèves devient essentiel pour questionner les résultats fournis par l’IA, identifier ses limites et comprendre ses biais. Car cet outil n’est pas infaillible, rappelle-t-il. « Il y a un certain nombre de résultats parfois erronés ou qui méritent d’être questionnés, d’être critiqués », rappelle David Rey.
Invité dans le 19h30, le conseiller d’Etat vaudois en charge de l’éducation, Frédéric Borloz abonde dans ce sens. « L’IA fait des erreurs, elle est incomplète. » D’où l’importance, selon lui, de sensibiliser les élèves aux dangers potentiels de l’IA.
>> Ecouter l’interview complète de Frédéric Borloz, dans le 19h30 :
Interview de Frédéric Borloz, ministre vaudois de l’Éducation / 19h30 / 3 min. / hier à 19:30 Stratégies différentes entre cantons
Les cantons de Fribourg et Vaud ont opté pour des stratégies différentes. Fribourg a choisi Copilot, l’IA de Microsoft, tandis que Vaud utilise un outil hors ligne. Cette seconde option présente l’avantage de garantir que les recherches menées à l’école n’alimentent pas les bases de données des IA génératives, offrant ainsi une meilleure protection des données.
David Rey reste toutefois pragmatique. « Les élèves ont de toute façon appris à utiliser une autre intelligence artificielle à domicile. Il faudra donc bien les accompagner et leur expliquer le mérite ou l’intérêt d’utiliser l’IA pour telles ou telles tâches. »
Quid de l’enseignant
En ce qui concerne l’enseignant, l’IA offre aussi de nombreuses perspectives: préparation des cours, développement d’idées, propositions d’activités, etc. Mais le professeur doit rester « maître à bord », insiste-t-il.
Si l’IA peut aussi corriger des copies ou générer des évaluations, David Rey met en garde contre une automatisation excessive. « On perdrait cette essence même du travail et toute la connaissance qu’un enseignant a de l’élève. Ce côté un peu subjectif, ce travail qu’il mène avec lui tout au long de l’année. »
Le temps gagné grâce à l’IA ne doit pas être considéré comme un simple gain de productivité, mais comme une opportunité de se recentrer sur l’accompagnement personnalisé des élèves, sur le développement de nouvelles approches pédagogiques.
« C’est un outil très intéressant, mais il faut éviter les dérives en pensant que c’est simplement quelque chose qui va nous faciliter la tâche. C’est un outil comme on en a eu d’autres dans l’histoire qui nous ont aussi permis d’avancer », conclut David Rey.
Propos recueillis par Valérie Hauert
Texte pour le web: Fabien Grenon