La capacité de rebond dont témoigne Arch Enemy est presque fascinante. Monument culte du death mélodique depuis trois décennies, le groupe aura traversé les tempêtes sans sombrer. Si de nombreuses formations peinent à maintenir l’approbation de leur public lors d’un changement de tête de proue, les Suédois parviennent de leur côté à y gagner en popularité. Le départ surprise d’Alissa White-Gluz en novembre 2025, alors que le quintette n’avait assuré qu’une partie de la tournée Blood Dynasty et que des engagements avaient déjà été pris concernant des festivals, aurait pu mettre un sévère coup d’arrêt au combo. Amott et ses comparses jouent pourtant rapidement une carte maîtresse en annonçant l’arrivée de l’Américaine Lauren Hart, ex-Once Human. Une évidence, voire peut-être la seule solution envisageable.
Arch Enemy fait de ce nouveau départ une opportunité. Il se relance et aborde son futur avec simplicité et sobriété. Auréolé du bon accueil réservé à « To The Last Breath », nouveau morceau enregistré avec Hart, le groupe s’offre une tournée des clubs européens. Une série de dates au sein de salles qui ont forgé l’histoire du rock’n’roll, dont le mythique Underworld de Londres. Niché en plein cœur du quartier punk de Camden Town, le lieu est situé au sous-sol du pub The World’s End. Si les rues adjacentes sont par nature particulièrement agitées à la tombée de la nuit, Arch Enemy va le temps d’un concert assez unique en son genre instaurer les prémices de la nouvelle vague de canicule qui s’abattra impitoyablement sur Londres quelques jours plus tard.
Artistes : Arch Enemy
Date : 10 août 2026
Salle : The Underworld
Ville : Londres (Royaume-Uni)
Ouvert en 1988, l’Underworld a vu défiler une ribambelle de formations cultes des scènes punk et metal. Arch Enemy en a lui-même foulé les planches au cours de sa carrière. Son dernier concert à Camden Town remonte à vingt-quatre ans, quelque temps après l’arrivée d’Angela Gossow. Le fait de venir présenter entre les murs de ce sous-sol légendaire sa nouvelle recrue Lauren Hart est donc particulièrement symbolique. L’excitation est par conséquent palpable au sein du public, massé dans la microscopique fosse dès l’ouverture des portes. Pénétrer entre les murs de The Underword offre déjà un shoot d’adrénaline certain. Patienter pour y voir jouer Arch Enemy relève presque de l’insupportable, d’autant plus lorsque le groupe en question n’amorce son set que deux (!) heures plus tard. On comprend aisément le souhait des Suédois de ne pas se produire trop tôt, tout comme la volonté de la salle de faire tourner son bar en l’absence de première partie. Mais la dernière demi-heure d’attente est clairement de trop. Elle est pourtant aussitôt oubliée dès les premières notes de « Silent Wars », qui fait suite à une longue introduction articulée autour de « Ace Of Spades » de Motörhead ainsi que de l’instrumental « Tear Down The Walls ».
Arch Enemy impose le cadre d’entrée de jeu : la tournée est l’occasion de remettre en avant un répertoire mis de côté au cours des dernières années. L’ère White-Gluz s’est refermée, et le groupe n’y reviendra de fait qu’avec parcimonie. Il n’expurge pas totalement les récents travaux de ses prestations, mais se cantonne à un petit titre pour chaque album, y compris en ce qui concerne le récent Blood Dynasty. Bien qu’excellent, le disque sera possiblement sacrifié sur l’autel de ce changement de frontwoman, mais Arch Enemy revient avec un besoin de reconnexion avec son public. Une proximité rare et appréciable qu’il offre ce soir sans pyrotechnie ou scénographie particulière. Pas de triche, pas d’artifice. Juste une puissance écrasante, une énergie affolante et de la transpiration par seaux entiers. Lauren Hart se renverse d’ailleurs le contenu d’une première bouteille d’eau sur la tête dès les premières quinze minutes. L’ambiance est suffocante, lourde, brutale. Les lieux vibrent du sol au plafond, les Suédois enquillant sans répit les missiles que sont « Taking Back My Soul », « The First Deadly Sin » ou l’écrasant « Ravenous ».
Le son est plus roots que d’ordinaire mais reste plutôt clair, notamment lorsque les techniciens irréprochables que sont Amott et Joey Concepcion s’abandonnent à leurs démonstrations de force. C’est l’image d’un groupe en symbiose qu’Arch Enemy donne à voir ce soir. Les musiciens sont serrés les uns aux autres, l’énorme batterie de Daniel Erlandsson étant casée entre deux murs d’amplis qui occupent l’intégralité du fond de scène. Le gigantesque bassiste Sharlee D’Angelo semble presque au niveau de certains éclairages. Coudes contre coudes, dos à dos, le groupe offre une presta furieuse et rock à souhait. Lauren Hart est clairement à sa place. La chanteuse est tout sourire et communique abondamment avec les premiers rangs. Contrairement aux gros sets de formations importantes, Arch Enemy aborde le moment avec une spontanéité sincère. Hart ne déroule aucun discours préparé et répété. Elle répond aux invitations et sollicitations de la salle, s’amuse. Une approche personnelle qui offre à Arch Enemy fraîcheur et authenticité. La chanteuse est venue avec sa personnalité, une humeur joyeuse qui tranche avec les torrents d’agressivité déversés via ses lignes vocales. Le chant est absolument impeccable, qu’il s’agisse des morceaux de Gossow, White-Gluz – « War Eternal », « Blood Dynasty » ou plus tard dans le set « The Eagle Flies Alone » – ou Johan Liiva.
Passé le très bon nouveau morceau « To The Last Breath » et son court passage en chant clair, c’est d’ailleurs avec le phénoménal « Bury Me An Angel » qu’Arch Enemy embarque la salle dans une seconde partie de concert magistrale. Présentée comme le « tout premier titre composé par Michaël Amott », la chanson fait grimper le mercure à son summum. Une humidité moite semble presque perler du plafond, ce qui n’empêche pas Lauren Hart d’inviter le public à sauter dans un mouvement en forme de communion réjouissante pour « No Gods, No Masters ». La prestation offerte par Arch Enemy file comme une balle. Le run final fait la part belle à Wages Of Sin ainsi qu’à Anthems Of Rebellion, disque un peu mésestimé et oublié au cours des récentes tournées, avec un enchaînement impeccable et terrassant : « Dead Bury Their Dead », « Burning Angel », « Dead Eyes See No Future », « We Will Rise ». Si un malabar posté à droite de la scène surveille scrupuleusement qu’aucun spectateur ne se lance dans du stage diving, le public multiplie les circle pits en front de scène, derrière, autour des piliers, partout où il le peut. Une folie qui ne redescend pas d’un iota en amont du rappel. Le public scande à gorge déployée le nom de Lauren Hart, touchée et surprise par l’accueil. Arch Enemy revient avec la même rage en alignant une triplette de la grande époque Gossow, dont le redoutable « Nemesis » qui ferme cette soirée éreintante mais fantastique. Arch Enemy a survécu. Arch Enemy a muté. Les portes d’un futur radieux lui sont grandes ouvertes.
Setlist :
Silent Wars
Taking Back My Soul
The First Deadly Sin
Ravenous
War Eternal
To the Last Breath
Blood Dynasty
Bury Me an Angel
Under Black Flags We March
The Eagle Flies Alone
No Gods, No Masters
I Am Legend/Out for Blood
Dead Bury Their Dead
Burning Angel
Dead Eyes See No Future
We Will Rise
Rappels :
Blood on Your Hands
Snow Bound
Nemesis
Crédits photos : Robert James Congdon / www.metaltalk.net


