Berlin, l’une des capitales les plus arides d’Europe, subit aussi des orages diluviens. Pour éviter que ses rues et ses caves ne soient inondées, la ville veut retenir la pluie là où elle tombe, la filtrer et la réinjecter dans les nappes phréatiques, au lieu de la laisser gagner les égouts.
Une ancienne usine de malt de Berlin a été transformée en ateliers, mais aussi en véritable éponge urbaine. Lorsqu’il pleut, l’eau de ruissellement reste sur le site au lieu de rejoindre directement les canalisations. « L’eau est recueillie sous le bâtiment, puis redirigée vers un système de filtration et le bassin », explique lundi Carsten Bredow, directeur général de la Malzfabrik, dans le 19h30.
Débarrassée de ses impuretés, l’eau de pluie rejoint un étang et une plage naturelle. Lorsque le soleil réapparaît, le cadre est idyllique. Mais l’aménagement vise surtout à rendre le site plus résistant aux événements météorologiques extrêmes.
« Lors des dernières pluies torrentielles, l’absorption a super bien fonctionné, ça nous a probablement évité des caves inondées. C’est vraiment l’effet secondaire agréable: on a rendu l’ensemble du site beaucoup plus résistant aux aléas climatiques », souligne Carsten Bredow.
>> Le sujet du 19h30 :
Entre sécheresse et pluies diluviennes, Berlin a une réponse: devenir une éponge / 19h30 / 2 min. / hier à 19:30 Retenir l’eau là où elle tombe
Le concept prend tout son sens dans l’une des capitales les plus arides d’Europe, pourtant régulièrement exposée à des orages diluviens. Pour répondre à ce paradoxe, Berlin s’est dotée d’une agence entièrement consacrée à la gestion de l’eau de pluie.
« Les arbres en ville vont mal et, quand les orages arrivent, les inondations déversent des eaux non traitées dans nos cours d’eau. L’enjeu principal de la ville-éponge, c’est donc l’adaptation climatique: il s’agit de retenir l’eau de pluie là où elle tombe, pour qu’elle contribue à cet effort », explique Hanna Meyer, directrice par intérim de la Berliner Wasseragentur.
Cette stratégie repose notamment sur des sols perméables et l’absence de rejet dans les canalisations. Un bassin de rétention de 6000 mètres carrés récupère ainsi l’eau de pluie, la filtre naturellement et la réintègre dans le cycle de l’eau.
Une citerne à 30 mètres sous terre
La ville-éponge possède toutefois une face cachée. A 30 mètres sous le centre-ville, une citerne en construction captera bientôt les eaux mixtes que les installations en surface ne peuvent pas encore absorber.
« Les 300’000 mètres cubes que nous pouvons récupérer ici, c’est l’équivalent d’un stade olympique à moitié rempli. Et c’est bien de l’avoir, mais à l’avenir, notre ambition est de résoudre tous nos problèmes par la ville-éponge », affirme Stephan Natz, porte-parole de la Berliner Wasserbetriebe, l’entreprise publique qui gère l’eau à Berlin.
En surface comme en sous-sol, Berlin réinvente ainsi sa relation à l’eau. Le défi reste colossal: les 5000 kilomètres de rues de la capitale allemande sont encore majoritairement imperméables.
Anne Mailliet/ther