En août 2021, les talibans reprenaient le pouvoir en Afghanistan, mettant fin à vingt ans d’occupation américaine. Cinq ans plus tard, aucun pays occidental ne reconnaît officiellement leur gouvernement et, dans les ambassades européennes, plusieurs diplomates de l’ancien régime sont toujours en poste et s’opposent au pouvoir islamiste.

En Suisse, l’ambassadeur Nasir Andisha, basé à Genève, est également le représentant de l’Afghanistan auprès de l’ONU. Aujourd’hui coupé des autorités, il travaille principalement avec la société civile et se concentre sur les questions humanitaires.

« Je me considère désormais comme un représentant de la résistance démocratique afghane, contre un groupe qui ne travaille pas pour le peuple afghan et ne respecte pas les obligations internationales du pays », explique-t-il dans un entretien accordé à la RTS. « J’ai donc le sentiment d’être, disons, un diplomate de la résistance. »

« Nous avons été abandonnés »

Pour lui, résister signifie continuer à travailler sans ressources, sans perspectives d’avenir très claires, et malgré le danger. « S’opposer aux talibans peut signifier n’importe quoi. J’ai accepté le risque, c’est ma responsabilité de diplomate », assure celui qui a été vice-ministre afghan des Affaires étrangères entre 2015 et 2019.

J’estime être en mesure, depuis Genève, de continuer à résister aux atrocités et aux violations des droits humains

Nasir Andisha

Et Nasir Andisha de poursuivre: « J’estime être en mesure, depuis Genève, de continuer à résister aux atrocités et aux violations des droits humains. Mais aussi de représenter le désir et l’espoir d’une génération d’Afghans qui voulaient un pays pacifique, démocratique et progressiste, mais qui ont été trahis par leurs politiciens, par les États-Unis et par l’accord de Doha. Nous avons été abandonnés. »

Cette résistance passe également par un conseil qui réunit une vingtaine d’ambassades et de consulats indépendants des talibans, en Europe, en Australie ou au Canada.

Isolement international

Agé de 46 ans, Nasir Andisha a aussi enseigné les relations internationales à l’université en Afghanistan. Il se décrit comme un académicien et un « réformateur social », et est atterré par la situation catastrophique de son pays en matière de droits et de libertés.

L’Afghanistan traverse l’une de ses périodes les plus sombres, gouverné par des règles qui datent probablement de 1400 ans

Nasir Andisha

« Le chômage a explosé, les universités et les écoles se transforment en établissements religieux et extrémistes et la population fuit le pays. L’Afghanistan s’est également retrouvé isolé sur les plans international et financier. Le système bancaire ne fonctionne plus », énumère-t-il. « Le pays traverse l’une de ses périodes les plus sombres, gouverné par des règles qui datent probablement de 1400 ans. »

>> Voir aussi le bilan de cinq ans des talibans au pouvoir vendredi dans le 19h30 : Afghanistan: il y a 5 ans, le retour des talibans au pouvoir Afghanistan: il y a 5 ans, le retour des talibans au pouvoir / 19h30 / 1 min. / samedi à 19:30 Un enfer pour les femmes et les filles

Selon l’ONU, plus de 17 millions de personnes ont besoin d’aide alimentaire d’urgence, une situation aggravée par le manque d’eau potable ou d’installations sanitaires. Par ailleurs, environ 2,5 millions de jeunes filles sont privées d’éducation secondaire, selon l’Unesco, et les femmes subissent de sévères restrictions en matière d’emploi, de liberté d’expression et de circulation.

Les jeunes filles n’ont nulle part où s’instruire dès l’âge de 14 ans

Nasir Andisha

« Les jeunes filles n’ont nulle part où s’instruire dès l’âge de 14 ans. Elles doivent soit rester chez elles, soit fréquenter certaines écoles religieuses pour apprendre à lire et à écrire. Ou bien elles doivent se marier dès 13 ou 14 ans. Il existe quelques écoles clandestines ou en ligne, mais il s’agit d’initiatives à très petite échelle qui nécessitent beaucoup de ressources », décrit l’ambassadeur.

Malgré tout, il se veut optimiste, et même « très convaincus que les talibans vont disparaître », assure-t-il. « Ils perdent leur pouvoir dans le nord du pays. J’espère que d’ici six mois, je m’adresserai à vous depuis une région d’Afghanistan. »

>> Ecouter aussi l’interview dans Forum de Hamida Aman, journaliste afghane : Comment survivent les femmes afghanes depuis la reprise du pouvoir par les talibans? Interview de Hamida Aman / Forum / 11 min. / samedi à 18:06

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Sujet radio: Marie Giovanola

Texte web: Pierrik Jordan