Une grande majorité de personnes subissant encore les effets d’un Covid long se voient refuser une rente de l’assurance invalidité (AI). Pour celles et ceux qui souffrent d’une fatigue extrême les empêchant de travailler normalement, la maladie se transforme en combat pour se maintenir à flot financièrement.
Des années après avoir contracté le Covid, Fabien en subit toujours de fortes séquelles. « On se réveille fatigué, on est constamment fatigué. Si on a une activité dans la journée, le soir, quand on revient, on n’arrive plus à se concentrer, on n’arrive plus à regarder la télé. J’ai mes quelques heures par jour où je bouge, je fais mes courses, je marche, je me change la tête, mais le soir, après ces quelques activités, je n’ai plus de jus », témoigne-t-il mardi dans La Matinale.
Fabien ne peut pas travailler plus de deux ou trois heures par jour. Une observation attestée par un rapport des Hôpitaux universitaires de Genève. Pourtant, l’assurance invalidité n’a pas fait le même constat. « Après une expertise médicale, l’AI a statué que j’étais apte entre 80 à 100% dans mon travail. Ils évaluent un petit peu à la louche, sans prendre en compte les certificats et ce qu’on a dit à l’expertise. Après, ils disent constamment non à toute autre démarche », regrette Fabien.
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Diagnostic pas suffisant
Dorothée a également vu sa vie basculer après un Covid long. Avec sa formation d’accompagnatrice en montagne, elle était une habituée des hautes altitudes. Son corps ne supporte désormais plus le manque d’oxygène. « J’arrive à aller jusqu’à 2300 mètres, mais pas plus haut. Je vais toujours dans la nature, mais moins haut, moins loin, moins longtemps. Un peu comme une personne âgée quoi », détaille-t-elle.
Sa vie professionnelle a, elle aussi, subi un fort impact. Bibliothécaire, elle ne peut aujourd’hui travailler qu’à 40%. « Je fais des demi-journées de travail, j’ai absolument besoin de siestes le reste du temps. Le mot fatigue n’est pas un mot adapté. Il faudrait inventer un autre mot, parce que c’est un véritable terrassement. »
Comme Fabien, Dorothée s’est aussi vu refuser sa demande de rente auprès de l’AI. « Dans leur décision, ils reconnaissent mes diagnostics, mais ils estiment que je suis apte à travailler à 100%. Je suis tombée des nues. J’avais des rapports de médecins qui me disaient que je ne pouvais pas travailler à plus que 40%. J’ai mon employeur qui me soutient aussi », précise la jeune femme.
Une rente n’intervient qu’après avoir exploré toutes les mesures de réinsertion professionnelle
Office fédéral des assurances sociales
Fabien et Dorothée font partie de ces nombreuses personnes qui ont cotisé à l’assurance invalidité, mais qui ne peuvent pas la toucher quand une maladie les empêche de travailler. L’Office fédéral des assurances sociales (OFAS) rappelle qu’un diagnostic ne suffit pas.
« Les offices AI s’appuient sur des centres d’expertise médicale qui examinent l’ensemble du dossier, y compris le potentiel de réadaptation. Une rente n’intervient qu’après avoir exploré toutes les mesures de réinsertion professionnelle », indique l’OFAS.
Le Dr Christian von Plessen résume les principaux symptômes du Covid long. / L’actu en vidéo / 1 min. / le 30 juin 2026 Une guérison parfois lente
La priorité de l’AI est de remettre les personnes malades au travail plutôt que de simplement leur verser une rente. Mais cela nécessite d’aller mieux et de se remettre du Covid long. Or ce n’est pas systématique et ça peut prendre du temps.
Comme dans des pays où il n’y a pas de système social, ce sont les proches et la famille qui me soutiennent
Dorothée, en incapacité partielle de travail suite à un Covid long
« Environ quatre patients sur cinq avec un Covid long vont guérir dans les deux ans. Parmi les autres, il y a une guérison plus lente, qui peut durer plusieurs années. Il y a aussi une petite partie des patients où ça ne s’améliore pas, où il y a même des aggravations après deux ans », explique Christian von Plasson, responsable de la consultation Covid long à Unisanté.
L’aide des proches
Six ans après son infection au Covid. Dorothée n’a toujours pas guéri. Pour vivre sans soutien de l’assurance invalidité, elle doit se débrouiller. « On va créer une association à travers laquelle mes proches, les membres de ma famille, mes connaissances pourront me donner de l’argent tous les mois. Chacun est tout fait libre de me donner ce qu’il veut. »
« Ça me permettra de compléter mon salaire et de tourner. Une de mes proches a bien résumé la situation en disant que puisque le système social ne fonctionne pas, on fait comme dans des pays où il n’y a pas de système social, avec les proches et la famille qui me soutiennent », conclut Dorothée.
>> Les précisions de Pascal Jeannerat dans le 19h30 sur la prise en charge du Covid long :
Pascal Jeannerat revient sur le besoin de prise en charge du covid long / 19h30 / 1 min. / le 18 septembre 2025
Philéas Authier/asch