Bonjour Hugues Hamelynck ! Tout d’abord, comment allez-vous ?
Je vais très bien ! Je suis dans une période très chargée. Je me suis engagé dans énormément de projets entre la radio, la télé, le théâtre, la mise en scène, le Télévie, la Ligue d’impro…
Vous ne seriez pas un peu boulimique de travail ?
Même pas ! Ce sont surtout des choses qui se rajoutent et on ne réalise pas toujours quand on dit oui que tout va tomber en même temps. Il y a aussi des propositions que tu ne peux pas refuser. Quand on te demande si tu veux piloter le spectacle du Télévie qui va se jouer devant des salles de 3000 places et que je peux m’occuper de la mise en scène et de l’écriture de sketchs avec de beaux moyens, c’est trop bien ! Moi qui viens d’arriver dans la maison RTL, c’est une formidable occasion de faire connaissance avec beaucoup de gens.
La poésie, on ne la comprend parfaitement que dans sa langue
En parallèle, vous allez bientôt rejouer votre spectacle « Un faux air de » à Namur et à Rochefort. Un one man show qui offrira au public une parenthèse à la fois humoristique et musicale.
Exactement ! Nous ne sommes pas sur du stand-up mais bien sur un seul en scène. Je joue plein de personnages différents qui ont bien connu les stars de la chanson française des années 60 à aujourd’hui. Par l’intermédiaire de ces personnages, qui ont leur histoire propre, je raconte les petites histoires des grandes chansons françaises. Mais, comme c’est de la fiction, tout n’est pas vrai ! Le vrai et le faux s’entremêlent, d’où le titre du spectacle, même si 80 % des choses que les gens vont apprendre sont vraies. J’ai donc noyé des choses inventées et cela fait partie du plaisir offert aux spectateurs.
Les personnages sont-ils amenés à interagir avec le public ?
Il y a très peu d’impro prévu mais il y en a tous les soirs. Tous les soirs il y a des réactions et je rebondis dessus. Il y a aussi un petit moment de jeu d’interaction avec le public où je leur demande de me challenger en me donnant des noms de chanteurs et je dois trouver le plus vite possible une chanson de leur répertoire.
D’où vous vient ce talent pour l’improvisation ?
Je l’ai appris même si, j’en suis convaincu, il y a des prédispositions au départ. J’ai découvert l’impro à 13 ans en deuxième secondaire. Un professeur de français nous a proposé d’en faire et j’ai directement entamé une activité parascolaire. Je crois que j’avais vu un match d’impro à la télé et j’ai trouvé ça incroyable. Je n’ai ensuite plus jamais arrêté. Ça fait 33 ans que j’en fais.
De base, il faut quand même avoir envie de prendre la parole en public. Il faut avoir envie de se montrer et avoir un certain goût pour le théâtre. Mais après, comme beaucoup de disciplines, ça s’entraîne. On a des réflexes à acquérir. Je suis personnellement devenu coach d’impro puis je suis même devenu formateur de coach… Ça m’éclate vraiment.
Pour en revenir à votre spectacle, en quoi diffère-t-il de votre précédent « Le Mélomane Mythomane » créé en 2019 ?
C’est un prolongement. Pendant l’expérience de la Star Academy, déjà, j’ai signé avec une salle de spectacle à Paris qui s’appelle « La Nouvelle Seine » et qui découvre énormément de talents très pointus comme Blanche Gardin. J’ai travaillé avec un metteur en scène français et on a retouché des trucs à beaucoup de niveaux. Notamment en termes d’écriture. Je voulais être sûr que toutes les vannes passaient la frontière. Ceux qui ont vu le spectacle il y a 4-5 ans peuvent venir le revoir.
Qu’est-ce qui vous anime autant dans les grandes chansons françaises qui, on ne va pas se mentir, divisent la société entre ceux qui adorent et ceux qui trouvent ça ringard ?
C’est tout l’objet du spectacle ! C’est l’une des premières questions que je pose au public : « Est-ce que ce que vous écoutez d’autres l’ont déjà trouvé ringard ? ». C’est peut-être la phrase la plus sérieuse du seul en scène mais traiter quelque chose ou quelqu’un de ringard, c’est du mépris de classe. Dans le spectacle, je transmets le message de se débarrasser de ceux qui décident à notre place. Ces fameux chevaliers du bon goût. Je déteste l’expression « plaisir coupable » par exemple. De quoi suis-je coupable si j’aime écouter Gilbert Montagné ?
Ce qui m’anime dans la chanson française, c’est la langue en elle-même. C’est l’immédiateté de la compréhension. Je pense que la poésie, on ne la comprend parfaitement que dans sa langue. Mais si on veut simplifier, c’est lié à mon enfance. Dans les années 80, quand j’avais 5 ans, j’écoutais les cassettes de mes parents et ils avaient une compil qui s’appelle « La boom des années 60 ». Je me suis donc retrouvé à fredonner des chansons tristes de Hervé Vilard. Ce goût pour les yéyés ne m’a jamais quitté. C’est sans doute lié au fait que je suis un enfant de la télé. Si j’ai écrit ce spectacle, c’est aussi une manière de devenir par procuration un ami avec les stars.
Faut-il impérativement aimer la chanson française pour venir voir le spectacle ?
Tu profiteras davantage si c’est le cas mais tu peux passer un bon moment dans le cas contraire aussi. Grâce à la Star Academy, il y a plein de jeunes qui viennent voir mon spectacle alors que ce n’est pas mon public au départ.
Le théâtre est votre première passion. Comment gérer vous le fait de combiner ça avec la radio et la télévision où vous prenez de plus en plus de place à RTL ?
Je suis très privilégié mais tout ce que je fais dans ma vie ce sont des choses que j’aime. Je ne fais plus rien aujourd’hui à 45 ans par obligation. Au départ je voulais être comédien. Pendant des années, cependant, j’ai fait des boulots alimentaires. Finalement, la radio, elle aussi, était un boulot alimentaire mais c’est devenu depuis 2016 mon activité principale tandis que le théâtre est devenu mon activité secondaire.
Aujourd’hui, la musique émerge sur les réseaux sociaux
Parmi vos activités, vous serez donc en mars aux commandes de la troisième édition de « Télévie en folie ».
C’est un spectacle de music-hall par excellence. On a de la musique en live, des sketchs, des scènes de théâtre… Les animateurs de RTL jouent pour la bonne cause et, à titre personnel, j’ai écrit une partie des sketchs. On s’est aussi inspirés de sketchs existants. Par ailleurs, j’ai aussi fait la mise en scène et c’est Mister Cover qui assurera la partie musicale.
On imagine que cela doit être une fierté d’être impliqué dans un tel projet.
C’est plus qu’une fierté. Je le prends comme une marque de confiance de la part de RTL qui ne me connaît pas encore beaucoup. Peut-être qu’ils me testent ! (rires) C’est super cool en tout cas.
Votre passage à la Star Ac a forcément contribué à votre popularité en Belgique. D’ailleurs, la victoire d’Ambre cette année est aussi en quelque sorte un succès pour le théâtre tant elle a brillé dans cette discipline. Est-ce que l’interprétation est aujourd’hui la forme la plus aboutie de la musique ?
Il y a plein de contre-exemples à cette affirmation mais je suis assez d’accord. Je ne ferai pas forcément le lien avec le théâtre mais, aujourd’hui, la musique émerge sur les réseaux sociaux. Dans les années 80 et 90, les radios étaient prescriptrices. Aujourd’hui, c’est sur TikTok, sur Instagram… La musique est donc visuelle. Il faut donc créer du happening, de l’évènement et il faut embarquer les gens dans un univers.
En Belgique, on a un des meilleurs avec Stromae. Tout le monde se souvient de « Formidable » à Bruxelles ou de son intervention au 20h de TF1. C’est beaucoup plus une évolution du mode de consommation des médias au sens large qui fait que nous sommes sur un projet global, une esthétique qui dépasse simplement la musique.
Quand on voit des chanteurs comme Victor, on sent que la nouvelle génération n’a pas peur de s’assumer.
Ça a toujours été un peu comme ça. Boy George se maquille depuis les années 70, Elton John a porté des plumes d’autruche… Si on parle de cette frontière masculin-féminin, il y a toujours eu des artistes. Je ne compare pas la non-binarité de Victor en 2026 avec Ziggy Stardust de David Bowie. Ce n’est pas la même chose. Aujourd’hui, si les artistes s’assument davantage, c’est peut-être un positionnement marketing. Il faut pouvoir se différencier. Même si je ne suis pas sûr que ce soit toujours du calcul. C’est l’authenticité qui fait la différence à la fin.
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