«Il ne fallait pas avoir peur de réécrire l’histoire»

Marie Le Normand et Arthur Pérot interprètent «Carmen, oiseaux rebelles» dans le village de Pusy.

Marie Le Normand et Arthur Pérot interprètent «Carmen, oiseaux rebelles» dans le village de Pusy.

ATS

«C’est ça l’amour?» Dans des villages de Franche-Comté, une nouvelle production de Carmen envoie promener la notion de «crime passionnel» pour mieux dénoncer le féminicide de l’héroïne de Bizet.

Keystone-ATS

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17.08.2026, 15:24

Ce vendredi soir, un «opéra promenade» s’installe dans le petit village de Pusy-et-Epenoux, près de Vesoul. Le concept: chaque acte est joué dans un lieu différent du village, les quelque 300 spectateurs se déplaçant avec leur tabouret pliant d’un endroit à l’autre aux côtés des solistes, des choristes et des musiciens, loin de l’ambiance compassée des grandes salles internationales.

«Le cliché de l’opéra qui est très cher et élitiste, malheureusement il perdure, mais en réalité, voilà ce qu’on peut faire aujourd’hui», se félicite la mezzo-soprano Marie Le Normand, qui interprète le rôle-titre.

La production, qui se déplace jusqu’au 28 août dans huit villages de la région, notamment dans le Jura et le Doubs, est une version très originale de l’opéra de Bizet. Baptisée «Carmen oiseaux rebelles», elle est accompagnée par un orchestre de percussions clavier (xylophone, marimba, glockenspiel, vibraphone…), qui respecte la mélodie originale, mais lui donne une saveur étonnamment moderne.

Préjugés machistes

Surtout, l’oeuvre, qui s’achève par le meurtre de Carmen par son amant Don José, est fréquemment interrompue par des acteurs qui mettent en cause les préjugés machistes sous-tendant l’opéra de Bizet, chanté pour la première fois en 1875.

Si Carmen, à la nuit tombée, est habillée d’un tailleur rouge vif, évoquant la couleur du sang, elle ne sera pas sacrifiée devant le public. «Il faut arrêter avec ces oeuvres où on applaudissait la mort en disant que c’était une histoire d’amour», explique le metteur en scène, Olivier Letellier.

«Réécrire l’histoire»

A la place du finale habituel, le compositeur Didier Puntos a écrit un «bal de l’amour» qui enchante les spectateurs, invités à danser sur scène avec les chanteurs.

«Il ne fallait pas avoir peur de réécrire l’histoire», s’enchante Anna Pida, 66 ans, pour qui on n’a pas trahi Bizet. «Il est temps qu’on change la vision des choses», affirme cette retraitée de La Poste, venue avec son mari d’un village voisin.

L’opéra promenade, qui existe depuis 20 ans en Franche-Comté, compte sur la population locale pour assurer les choeurs, mais aussi pour accueillir chaque soir entre 20 et 30 chanteurs, techniciens et musiciens d’un village à l’autre: faute d’hôtellerie, ces derniers sont hébergés chez l’habitant.

Au total, en huit soirées, le spectacle devrait attirer entre 2500 et 3000 spectateurs, dont beaucoup n’ont jamais eu la chance d’aller à l’opéra.