Enfant joufflu et aimé d’un couple de boulangers gallois qui connurent les privations pendant la guerre (avec à l’appui clichés de l’acteur posant en chérubin), Anthony Hopkins est né en 1937 à Port Talbot, ancienne ville minière du pays de Galles. Garçon costaud mais maladroit, surnommé « tête d’éléphant » à l’école, il est envoyé au pensionnat à onze ans pour acquérir un peu de discipline et contrer ses résultats d’une « médiocrité abyssale ».

C’est en assistant à une projection de Hamlet avec Laurence Olivier qu’il ressent « un choc, une déflagration ». L’art changera son destin. Adolescent il se réfugie dans le dessin, mais c’est en allant chercher, fasciné, un autographe de son compatriote gallois Richard Burton qu’Hopkins se jure qu’il deviendra « ça, un acteur ».

Il décroche une audition au théâtre à l’université de Cardiff et ne cesse de monter en grade. Après la Royal Academy de Londres, il remplace (pour de vrai cette fois) Laurence Olivier et enchaîne les rôles, croise Katharine Hepburn qui lui conseille de « ne jamais tourner le dos à la caméra », décroche le rôle du docteur Treves dans Elephant Man de David Lynch et s’impose en gentleman chez James Ivory. Avec humour, force anecdotes et un choix de poèmes quasi élégiaques (de Shakespeare à Constantin Cavafis), Hopkins déroule les fils d’une existence tourmentée où plane la dépression de son père, l’abus d’alcool (il avale pintes et whiskeys pour « se porter chance » avant d’arrêter complètement de boire après un épisode de dissociation sur le tournage d’Un pont trop loin en 1977) et surtout l’envie d’impressionner les siens – quitte à interpréter un tueur américain cannibale et raffiné. Il en ressort le portrait d’un homme qui a su maîtriser ses démons et les transfigurer par le jeu. « Le diable est en moi. Comme il est en chacun de nous. Le secret (pour le jouer), c’est d’exprimer deux positions intérieures qui ne coexistent pas ».

⇒ On s’en est pas trop mal sorti, petit | Mémoires | Anthony Hopkins, traduit de l’anglais par Paul Matthieu | Flammarion, 408 pp., 24,50 €, numérique 17 €