Le remake en huit épisodes du César du meilleur film 2010 peine à en effacer les défauts originaux mais propose une vision moins tape-à-l’œil du monde carcéral.

En perte de vitesse dans ses propositions de séries françaises depuis l’arrêt du Bureau des légendes, Canal+ choisit une valeur sûre : le remake en série d’Un prophète (2009) de Jacques Audiard, Grand prix du jury à Cannes et César du meilleur film.

Si le réalisateur d’Emilia Pérez n’est pas de la partie – remplacé par l’Italien Enrico Maria Artale –, les scénaristes Abdel Raouf Dafri et Nicolas Peufaillit ont tricoté les huit épisodes sur une trame proche de l’originale, mais adaptée à l’époque.

Une mention spéciale pour le personnage central

Se joue donc l’émergence irrésistible de Malik, joué par Mamadou Sidibé, dix-sept ans après Tahar Rahim. Ce jeune réfugié comorien travaille comme mule quand la série commence.

Blessé dans l’effondrement d’un immeuble insalubre mais confondu par la police, il se retrouve en prison aux Baumettes. Et se lie avec Massoud Djebbari (Sami Bouajila), promoteur véreux et trafiquant, qui veut faire de lui sa chose. Aux thèmes du film, dont son rapport trouble à une certaine masculinité (toxique ou fascinante, Audiard ne choisissait pas), la série n’apporte aucune nouveauté.

Les personnages féminins sont très peu considérés, les poussées homophobes et violentes des narcotrafiquants marseillais, présentées comme de simples données de base. Les échappées “poétiques” vécues par Malik (à travers la littérature) sont elles posées là, comme un contrepoint sans liant.

À son crédit, Un prophète coche les cases du polar et du récit d’apprentissage par son rythme et sa durée (huit épisodes bien fournis) qui rendent la série moins tape-à-l’œil que le film, plus observatrice des corps et des sentiments. Le personnage central, taiseux de première catégorie, y est pour beaucoup, même si ce n’est pas assez pour en faire une vraie réussite.

Un prophète d’Abdel Raouf Dafri et Nicolas Peufaillit, avec Mamadou Sidibé, Sami Bouajila, Salim Kechiouche. Sur Canal+ à partir du 2 mars.