Il n’existe pas un réglage unique pour photographier une étoile filante. Le temps de pose dépend de la focale utilisée, la sensibilité de la tolérance au bruit de votre boîtier, l’ouverture de ce que permet votre objectif. Une focale 14 mm autorise une trentaine de secondes avant que les étoiles ne se mettent à filer, un 35 mm à peine plus de quinze. C’est ce qui rend l’exercice déroutant quand on débute, et ce qui explique que les valeurs trouvées sur le web se contredisent.
Le pic des Perséides 2026 est passé dans la nuit du 12 au 13 août, mais l’essaim reste actif jusqu’au 24 août environ : il vous reste quelques nuits pour essayer. Quel objectif choisir, comment calculer son temps de pose, jusqu’où monter en ISO, comment faire la mise au point sur des étoiles et où pointer son boîtier : voici la méthode complète, réglage par réglage.
L’essentiel en bref
Jusqu’à quand ? Le 24 août environ, fin de la période d’activité de l’essaim. Comptez quelques météores par heure, contre une centaine au pic.
Quelle nuit ? Celles qui précèdent le premier quartier du 20 août, quand la Lune se couche encore tôt. Après, visez la première partie de nuit.
Où regarder ? Vers le nord-est, en direction de la constellation de Persée, en deuxième partie de nuit.
Quel matériel ? Un boîtier en mode manuel, un grand angle lumineux, un trépied, une télécommande ou un intervallomètre.
Le piège classique ? La mise au point. En manuel, à la loupe, sur une étoile brillante. Jamais en autofocus.

Canon EOS R – Canon RF 15-35mm f/2.8 L USM – 15mm – 20s – ISO 3200 – f/2.8 © Alex-Michel Ngningha
Quel temps de pose selon la focale ?
C’est la question qui revient le plus, et la seule dont la réponse se calcule. Le repère de départ est la règle des 500 : divisez 500 par votre focale en équivalent plein format pour obtenir la pose maximale avant que les étoiles ne se transforment en traits.
Focale (équivalent 24×36)Pose maximale indicative14 mm35 s16 mm30 s20 mm25 s24 mm20 s35 mm14 s50 mm10 s
Attention au facteur de conversion : un 16 mm monté sur un APS-C équivaut à 24 mm, donc 20 secondes et non 30. Et gardez en tête que cette règle a été établie à l’époque des capteurs peu définis. Sur un boîtier de 45 Mpx observé à 100 %, elle est nettement trop permissive : retirez 30 % environ, ou passez à la règle NPF que calculent des applications comme PhotoPills.
Les autres réglages en un coup d’œil
ParamètrePoint de départCe qui fait varierFocale14 à 24 mm en plein format, 10 à 16 mm en APS-CPlus le champ est large, plus vous avez de chances qu’un météore tombe dedansOuvertureLa plus grande de votre objectif, typiquement f/1,8 à f/2,8Fermer d’un tiers de diaphragme si l’aberration de coma déforme les étoiles dans les anglesSensibilité1600 à 3200 ISOLa tolérance au bruit du capteur, et la présence ou non de LuneMise au pointManuelle, à la loupe sur une étoile brillanteRien, c’est la seule méthode fiableFormatRAW pour améliorer l’image en post-productionRien non plusBalance des blancsManuelle, 3800 à 4200 KLa lumière parasite résiduelle sur l’horizonDéclenchementIntervallomètre, poses en continuLa durée que vous comptez rester sur place
Le détail de chacun de ces réglages, et la raison qui le justifie, se trouve plus bas. Un mot d’abord sur le calendrier, parce que c’est lui qui détermine si la sortie en vaut la peine.

Sony A7 III – Samyang AF 24 mm f/1,8 FE – 10,0 s – ƒ / 1,8 – ISO 3200 – © Damien Roué
Peut-on encore voir les Perséides après le 13 août ?
Oui, mais le rythme n’a plus rien à voir. La période d’activité des Perséides s’étend de la mi-juillet au 24 août environ. Au pic, le 13 août, on parle d’un taux horaire zénithal proche de 100 dans des conditions idéales, soit environ 100 étoiles filantes visibles par heure. Une semaine plus tard, comptez plutôt quelques météores par heure, avec des périodes creuses de plusieurs minutes. Les météores les plus brillants, eux, restent possibles à n’importe quel moment de la période.
Autrement dit : ne partez pas avec l’idée de remplir une carte mémoire d’étoiles filantes. Partez plutôt avec l’idée de photographier la voûte céleste, et considérez chaque météore capté comme un bonus. C’est aussi une bonne façon de se faire la main avant les Orionides d’octobre et les Géminides de décembre.
Quand photographier les Perséides : la Lune décide de tout
Après la nouvelle lune du 12 août, notre satellite regrossit : le premier quartier tombe le 20 août à 4 h 46, et la pleine lune le 28 août (source : calendrier lunaire IMCCE). Concrètement, dans les nuits qui viennent, la Lune se couche encore en première partie de nuit et laisse le ciel noir ensuite. C’est la fenêtre à viser. Passé le premier quartier, elle reste haute
de plus en plus tard et vient laver le ciel de sa lumière : les images perdront en contraste.
Deuxième variable, tout aussi décisive : la pollution lumineuse. Depuis une ville, l’exercice est perdu d’avance. Une carte comme lightpollutionmap.info permet de repérer en quelques minutes le point sombre le plus proche de chez vous. Trente minutes de voiture suffisent souvent à changer complètement le résultat.
Quel matériel pour photographier les étoiles filantes ?
Pas besoin de l’équipement d’un astrophotographe confirmé, comme celui que nous décrivait Bastien Foucher. Un reflex ou un hybride avec des réglages manuels suffit, à condition de réunir quatre éléments :
Un objectif grand angle et lumineux. Entre 14 et 24 mm en plein format, ouvert à f/1,8 ou f/2,8. Plus le champ est large, plus vous avez de chances qu’un météore tombe dedans.
Un trépied stable. Non négociable sur des poses de plusieurs secondes.
Une télécommande, ou à défaut le retardateur à deux secondes, pour ne pas faire bouger le boîtier au déclenchement.
Une lampe frontale à LED rouge. La lumière rouge préserve votre vision nocturne, qui met une vingtaine de minutes à s’installer et se perd en une seconde de lampe blanche.
Une batterie de rechange est utile aussi : le froid nocturne et les poses longues répétées les vident vite, même en août.
Quels réglages pour photographier une étoile filante ?
Ouverture
La plus grande dont vous disposez. Sur les objectifs très lumineux, fermer d’un tiers ou d’un demi-diaphragme (de f/1,4 à f/1,8 par exemple) corrige souvent le coma qui déforme les étoiles dans les angles, pour une perte de lumière négligeable.

Présence d’un léger coma sur le bord de l’image
Temps de pose
Reportez-vous au tableau plus haut. Le principe : la Terre tourne, et au-delà d’une certaine durée les étoiles ne sont plus des points mais des traits. Un détail que le tableau ne dit pas : ce n’est pas parce que vous pouvez faire une pose longue de 35 secondes au 14 mm que vous devez le faire. Si le ciel est déjà bien exposé à 20 secondes, restez à 20 : vous doublez le nombre d’images sur la nuit, donc vos chances de capter un météore.
Sensibilité
Contrairement à la photo de nuit urbaine, il faut monter en ISO. Entre 1600 et 3200 ISO pour commencer, davantage si votre boîtier le supporte. Le bruit qui en découle se traite très bien ensuite avec des outils de débruitage par IA comme DxO PureRAW. Mieux vaut une image bruitée correctement exposée qu’une image propre et sous-exposée : le bruit se corrige, l’information manquante non.
Mise au point
En astrophotographie, la mise au point se fait toujours manuellement sur l’infini, souvent en zoomant sur une étoile brillante à l’écran. Le moindre effleurement de la bague pendant la manipulation de l’appareil, entre deux poses, suffit à tout dérégler et à gâcher une série de clichés. Un système de verrouillage de la mise au point devient alors précieux : il fige le réglage une fois la netteté sur l’infini obtenue, et évite ces déconvenues.
C’est justement l’un des points forts que nous avons relevés sur le Tamron 12-20 mm f/2,8, avec sa fonction « MF Lock » qui désactive totalement la bague en mode manuel. Certains objectifs Samyang vont encore plus loin, comme l’AF 24 mm f/1,8 FE, qui embarque un bouton dédié : une pression, et l’objectif se recale automatiquement sur la position infini enregistrée, sans repasser par un réglage manuel à chaque prise de vue.
Format et balance des blancs
Le format RAW est recommandé pour la photographie de ciel étoilé, car la marge de récupération sur les hautes lumières et le point noir est décisive au développement. Pour la balance des blancs, une valeur manuelle autour de 3800 à 4200 K donne un ciel bleu nuit plutôt que la dominante orange que produit l’automatique sous éclairage résiduel.
Où pointer l’objectif : trouver le radiant des Perséides
Les météores peuvent apparaître partout dans le ciel, mais leurs trajectoires semblent toutes diverger d’un même point, le radiant, situé dans la constellation de Persée (d’où le nom des Perséides). Pour la repérer, cherchez d’abord Cassiopée et son W caractéristique, puis descendez légèrement. La deuxième partie de nuit reste la plus favorable, quand le radiant est monté au-dessus de l’horizon nord-est.


Un conseil de composition, souvent négligé : ne cadrez pas uniquement le ciel. Un premier plan fort, un arbre isolé, une crête, une ruine, une silhouette, donne une échelle et transforme un fond étoilé en photographie. Visez le sud pour le cœur de la Voie lactée, encore bien placé en soirée jusqu’à fin septembre.
Enfin, laissez votre appareil déclencher. Une étoile filante n’arrive pas sur commande : programmez votre intervallomètre sur des poses en rafale continue pendant une heure, et faites le tri au retour. C’est de loin la méthode la plus efficace, et elle vous laisse le temps de regarder le ciel plutôt que l’écran.
Des applications pour préparer sa sortie
Sky Guide sur iOS et Stellarium Mobile sur Android affichent en réalité augmentée la carte du ciel dans la direction où vous pointez le téléphone, ce qui rend le repérage du radiant immédiat. PhotoPills, payante, va plus loin en calculant la position de la Voie lactée à une date et un lieu donnés, ce qui permet de repérer un cadrage en plein jour et de revenir la nuit tombée. Pensez à activer le mode nuit ou un filtre rouge sur votre écran.
Pour aller plus loin
Nous avons détaillé la technique complète dans notre Mercredi Pratique consacré à la voie lactée et aux étoiles filantes. Pour ceux qui veulent passer à l’empilement d’images, au suivi équatorial et au traitement dédié, notre guide d’initiation à l’astrophotographie prend le relais.
Questions fréquentes
Jusqu’à quand peut-on photographier les Perséides en 2026 ?
Jusqu’au 24 août environ, date de fin de la période d’activité de l’essaim. Le taux horaire décline fortement après le pic du 12 au 13 août, mais le ciel d’été reste favorable à la photographie de la voûte céleste bien au-delà.
Peut-on photographier une étoile filante avec un smartphone ?
Les modes nuit des smartphones récents produisent des ciels étoilés convaincants sur trépied, avec des poses de 15 à 30 secondes. Capter un météore reste beaucoup plus aléatoire : le traitement computationnel a tendance à lisser un événement aussi bref. Utilisez si possible un mode pro avec pose et ISO manuels, et enregistrez en RAW.
Quel objectif pour photographier les étoiles filantes ?
Un grand angle lumineux, typiquement 14 à 24 mm ouvrant à f/2,8 ou mieux en plein format, 10 à 16 mm en APS-C. Le champ large augmente mécaniquement les chances qu’un météore traverse le cadre, et la grande ouverture compense la faible luminosité du sujet.
Comment éviter que les étoiles soient floues ?
Deux causes distinctes. Si toutes les étoiles sont étirées dans le même sens, la pose est trop longue : appliquez la règle des 500. Si elles sont uniformément empâtées, c’est la mise au point : repassez en manuel et affinez à la loupe sur une étoile brillante.
Il reste donc quelques nuits pour clore la saison des Perséides 2026. Prévoyez de quoi grignoter et une petite laine : même en août, une nuit d’observation immobile refroidit vite.