Quelle surprise en entrant dans l’exposition d’Asta Nørregaard (1853–1933), dont on connaissait à peine le nom, que de tomber nez à nez avec un tableau que l’on reconnaît… Après quelques minutes de réflexion, la mémoire nous revient : c’est dans les salles de l’exposition dédiée à l’automne 2024 à la Norvégienne Harriet Backer au musée d’Orsay que l’on avait découvert le charme du petit tableau à la lumière tamisée In the Studio (1883).
Les deux peintres amies font partie de cette génération d’artistes scandinaves ayant séjourné un temps à Paris, où se retrouvait, au tournant du siècle, toute l’intelligentsia artistique européenne. Asta Nørregaard expose notoirement au Salon de Paris en 1881 et 1882, ainsi qu’à l’Exposition universelle de 1889. Peint au moment de ces succès répétés, In the Studio la montre dans son atelier de Montmartre, palette et pinceau à la main, travaillant sur le retable destiné à l’église de Gjøvik — sa première grande commande publique.
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Une œuvre trop longtemps oubliée
« Asta Nørregaard s’affirme en tant qu’artiste professionnelle, rejetant l’idée que pour les femmes, l’art n’est qu’un passe-temps mondain. »
Wenche Volle
« Ce premier autoportrait connu d’Asta Nørregaard, qui deviendra par la suite son plus célèbre, est une des pièces maîtresses de l’exposition. En se représentant ainsi, dans son atelier au travail, elle s’affirme en tant qu’artiste professionnelle et se place sur un pied d’égalité avec ses contemporains masculins, rejetant l’idée que pour les femmes, l’art n’est qu’un passe-temps mondain », explique Wenche Volle. La conservatrice en chef du musée national d’Oslo tenait à ouvrir le parcours sur ce tableau, qui donne le ton.

Asta Nørregaard, L’Atelier, 1883
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Huile sur toile • 65 × 50 cm • Coll. Norske Selskab’s Art • Photo Det norske selskab / Morten Henden Aamodt
Car malgré la qualité que démontrent sans difficulté les 48 œuvres présentées, le nom d’Asta Nørregaard a été jusqu’à aujourd’hui quasiment entièrement oublié. Sollicitée de son vivant par toutes les grandes familles norvégiennes pour des portraits, l’artiste pâtit de cette notoriété après son décès. « L’attention méticuleuse qu’elle portait au vêtement a fini par lui valoir d’être qualifiée de ‘peintre de mode’ et on l’a reléguée aux archives de l’histoire de l’art », détaille Wenche Volle.
Portraits des figures féministes de son temps
C’est pourtant là tout le brio d’Asta Nørregaard : de faire, d’un même coup de pinceau, le portrait d’une femme et celui d’une robe. Pour l’artiste aux convictions politiques assumées, il n’est pas question de devoir trancher entre l’être et le paraître. Outre les portraits de la haute société qu’elle exécute sur commande pour se financer, elle met aussi – si ce n’est surtout – son talent au profit de ses amies et compagnes féministes qu’elle représente en majesté.

Asta Nørregaard, Portrait d’Elisabeth Fearnley, 1892
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Pastel • 200 × 155 cm • Coll. particulière • Photo Astrup Fearnley-samlingen / Øystein Thorvaldsen
Parées de magnifiques robes, dont on a l’impression de pouvoir toucher du doigt les textures de velours, de laine et de soie, ces femmes aux regards sincères nous apparaissent avec autant de familiarité que de dignité. On découvre ainsi les vies et les visages de Ragna Nielsen (1845–1924), leader de l’Association norvégienne pour les droits des femmes, ou de Katti Anker Møller (1868–1945), dont la défense des mères célibataires et des enfants nés hors mariage a aidé à établir en 1915 les lois Castberg, conférant à ces derniers le droit à l’héritage et obligeant les deux parents à subvenir aux besoins de l’enfant.
Au même niveau que les grands peintres norvégiens
Asta Nørregaard, qui grandit avec son père et sa sœur aînée à la suite du décès de sa mère, trois semaines après sa naissance, mènera elle-même une vie bien loin des injonctions sociétales. À peine la majorité atteinte, elle emménage seule dans un petit appartement. « C’est complètement inhabituel pour une aussi jeune femme », précise Wenche Volle.
Décidée à poursuivre une carrière dans l’art, la jeune peintre déménage à Munich puis à Paris, où elle séjourne de 1879 à 1885. À son retour en Norvège, elle crée sa propre école de peinture où elle enseigne à des classes mixtes. En 1911, elle publie de son propre chef son catalogue raisonné de 200 portraits, dans lequel elle se revendique de la même lignée que les grands peintres norvégiens.

Asta Nørregaard, Autoportrait, 1889
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Pastel • 64,5 × 48,8 cm • Coll. Oslo Museum • Photo Oslo Museum / Rune Aakvik / Public Domain
À sa mort en 1933, elle lègue sa fortune (correspondant à deux millions d’euros) à la création d’un fonds pour des artistes femmes ainsi que pour des pianistes et professeures de musique à la retraite et célibataires. Le quotidien d’Oslo Morgenbladet rapporte que, lors de ses funérailles, tout son cercle d’amies de l’Association norvégienne des peintres femmes y est réuni. Près d’un siècle plus tard, l’hommage se fait, enfin, dans un musée.
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Asta Nørregaard: Truth and Beauty
Du 28 mai 2026 au 18 octobre 2026
Nasjonalmuseet • 3 Bankplassen • 0151 Oslo
www.nasjonalmuseet.no