Les ambulanciers ne sont plus automatiquement exemptés de servir à l’armée. Le Conseil fédéral a modifié cet été sans consultation l’ordonnance sur les obligations militaires. Les services de secours dénoncent une décision qui menace leurs effectifs et donc la sécurité de la population.
Pour les professionnels du sauvetage, la décision du Conseil fédéral constitue un risque patent pour le maintien des prestations ordinaires d’urgence à la population. L’absence d’un seul ambulancier au sein d’un équipage empêche la disponibilité de l’ambulance pour le 144.
Dans les cantons de Vaud et de Genève, cette décision pourrait concerner environ le 15% des effectifs ambulanciers. Dans l’Arc jurassien, les chiffres publiés récemment dans les médias régionaux sont potentiellement de 18% pour le canton de Neuchâtel et de presque 50% dans le Jura.
« Pour apporter un service de sécurité à la population – l’armée –, le gouvernement prévoit de retirer des services qui, précisément, le font 24 h sur 24 », regrette dans La Matinale Romuald Cretin, président de la Conférence des associations de services de sauvetage professionnels et président de l’association genevoise des ambulanciers.
Recrutement difficile
« Ces ambulanciers travaillent dans un système déjà tendu. Les besoins pour le 144 sont importants », s’inquiète-t-il. « On a déjà du mal à remplacer les malades, les accidentés, les vacances. Le problème sera accentué de façon catastrophique. »
Romuald Cretin, qui est lui-même ambulancier depuis 30 ans, explique qu’il n’est pas simple de recruter du personnel dans ce secteur. « Ce n’est pas une profession où il y a beaucoup de monde sur le marché. » Il cite son propre cas. « Je suis à la tête d’un service avec 74 ambulanciers. J’ai treize ambulanciers qui sont concernés par ce problème. Ça m’enlève un temps plein annuellement », calcule-t-il.
Une ambulance qui partira pour une fracture du col du fémur pourra être détournée sur une intervention plus urgente
Romuald Cretin, président de la Conférence des associations de services de sauvetage professionnels
L’ambulancier se veut rassurant sur la prise en charge des cas urgents. « Je ne pense pas qu’il y aura des arrêts cardio-respiratoires qui ne seront pas pris en charge. » Mais il prévient que les répercussions se feront sentir dans les autres cas de figure. « Il est évident que l’ambulance qui partira sur une intervention telle qu’une fracture du col du fémur pourra être détournée sur une intervention plus urgente. »
Plusieurs associations ont déjà réagi. L’Interassociation de sauvetage, la faîtière des services de secours médicaux en Suisse, a sollicité la Conférence des directrices et directeurs cantonaux de la santé. La Conférence des associations de services de sauvetage professionnels, dirigée par Romuald Cretin et qui regroupe une quarantaine de membres, qualifie la décision d’arbitraire.
>> Ecouter l’interview complète de Romuald Cretin dans La Matinale : Fin de l’exemption de servir: la Suisse se dirige-t-elle vers une pénurie d’ambulanciers? Interview de Romuald Cretin / La Matinale / 6 min. / aujourd’hui à 07:18 Motion au Conseil national
Au niveau politique, le conseiller national UDC vaudois Yvan Pahud a déposé une motion en défense des ambulanciers. Soutenu par tous les partis, le texte demande au Conseil fédéral de rétablir le texte initial de l’ordonnance.
« Aujourd’hui, le Conseil fédéral a la capacité, par le biais de cette motion, avec la pression de l’entier des partis du Parlement, de revenir sur cette décision qui n’aura pas d’incidence sur les effectifs de l’armée, mais qui a une énorme incidence sur l’organisation des secours », défend l’élu.
« Un ambulancier qui part pendant 20 ou 25 jours faire son service militaire met en difficulté la planification pour que ces ambulances puissent assurer un service pour le citoyen », poursuit Yvan Pahud.
Les professionnels du sauvetage rappellent encore qu’en cas de situation exceptionnelle telle qu’une pandémie, une catastrophe majeure ou un conflit, les besoins en ressources ambulancières augmenteraient sensiblement.
Sujet et interview radio: Gaël Klein et Valérie Hauert
Article web: Antoine Schaub