Le film Soudain est programmé à Saint-Chély cette semaine.
Peut-on donner une véritable cinégénie à un livre de correspondance entre une anthropologue et une philosophe qui évoqueraient entre elles les problèmes de dégradation de l’état de santé ?
On aurait envie, avec un petit haussement d’épaules hautain, de répondre bien sûr que non. C’est la gageure à laquelle pourtant s’attaque le réalisateur japonais Hamaguchi avec ses deux formidables actrices (Virginie Effira et Tao Okamoto) sur une durée de plus de trois heures.
Soudain, contre toute attente, fonctionne miraculeusement. Deux actrices très complices, en état de grâce, des dialogues solides, une mise en scène lumineuse, et Hamaguchi de réussir l’exploit de nous passionner pour un film qui se déroule en grande partie dans un Ehpad – et qui évoque également, au passage, la condition des déficients mentaux dans une pièce de théâtre des plus austères ou encore le cancer en phase terminale (on connaît plus gai).
Une association d’actrices qui fait merveille
Le cinéaste prend tout le temps pour nous parler de ce que l’on peut simplement apporter aux autres, avec un peu d’attention, avec un peu d’affection. Tout ce qui, théoriquement,
pourrait se révéler plombant semble ici fluide et coulant de source. Il en fallait du courage pour
s’attaquer à un film aussi verbeux, il en fallait du talent pour nous le rendre si limpide et bourré
d’émotion.
L’association des deux actrices, pleines d’humilité et de sobriété, fait merveille. On
ressort de la salle avec dans la tête une foi renouvelée en l’humanité et en l’art du cinéma. Une expérience purement libératrice, d’un bel et pur optimisme. Trop rare pour s’en priver par les temps qui courent.