Quelles maladies neurodégénératives avez-vous étudiées et à quel point leur fréquence augmente-t-elle ?

Nous nous sommes intéressés à trois pathologies neurodégénératives impliquant des symptômes moteurs : la maladie de Parkinson, la sclérose en plaques et la maladie de Charcot (aussi appelée « sclérose latérale amyotrophique »). En France, elles touchent respectivement 230 000, 130 000 et 8 000 personnes. Et leur prévalence – le nombre total de patients vivant avec la maladie – augmente d’environ 2 % par an depuis une vingtaine d’années.

C’est au point que beaucoup de publications scientifiques évoquent une pandémie de maladies neurodégénératives, sous-entendant une explosion du nombre de nouveaux cas causée par des facteurs externes. Mais est-ce vraiment le cas ? Pour le vérifier, nous avons exploité la base de données de l’assurance maladie française, qui couvre 99 % de la population, et son équivalent suédois. Nous avons ainsi eu accès à toute une série de données : âge des patients, diagnostic, traitements…

Et qu’avez-vous conclu ?

En résumé, qu’il n’y a pas de pandémie de maladies neurodégénératives, en tout cas pour Parkinson et la sclérose en plaques. Pour cette dernière pathologie, l’incidence est très stable, à environ 5 000 nouveaux cas par an en France. Si le nombre total de patients augmente, c’est donc parce qu’ils vivent plus longtemps avec la maladie. Cela pourrait en théorie s’expliquer par un dépistage plus précoce, mais l’âge du diagnostic est resté stable lui aussi. C’est donc plus probablement une augmentation de l’espérance de vie qui est en cause : de fait, l’arrivée de nouveaux traitements a changé la donne.

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Pour la maladie de Charcot, en revanche, l’espérance de vie n’a pas augmenté, il y a très peu de nouveaux traitements. Nous avons observé une faible hausse de l’incidence (de 1,8 %, pour une incidence de l’ordre de 2 000 cas par an en France), imputable pour plus de la moitié au vieillissement de la population – c’est une maladie qui survient à un âge avancé. Enfin, pour Parkinson, l’incidence est restée stable (25 000 cas par an) et retrancher la part liée au vieillissement de la population conduit même à une légère baisse.

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Comment avez-vous calculé la part liée au vieillissement ?

Pour chaque tranche d’âge, nous avons pris l’incidence de la maladie il y a une quinzaine d’années, puis nous avons considéré le pourcentage d’augmentation de la population dans cette tranche d’âge. Nous en avons déduit le nombre de nouveaux patients que l’on attendrait avec le vieillissement.

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À quoi sont dues les différences entre cette valeur théorique et les incidences mesurées ?

Peut-être à des facteurs liés au mode de vie ou à l’environnement, comme la pollution. Mais nos conclusions restent pour l’instant limitées là-dessus, en particulier pour la maladie de Charcot, dont les facteurs de risque sont peu connus. Afin de progresser sur ce sujet, nous cherchons à cartographier l’évolution de l’incidence pour ces trois pathologies sur le territoire européen : cela permettra aux chercheurs qui étudient l’exposition à différents facteurs environnementaux de croiser nos données avec les leurs.

Et qu’en est-il de la maladie d’Alzheimer ?

Nous ne l’avons pas étudiée, car la maladie est souvent diagnostiquée avec plusieurs années de retard. En conséquence, les chiffres d’incidence estimés à partir des bases de données que nous utilisons ne sont pas très fiables.

« Parkinson, sclérose en plaques, Charcot : il n’y a pas de pandémie de maladies neurodégénératives »

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