A la demande de Donald Trump, les Etats-Unis ont allégé cette semaine à la dernière minute leurs traditionnels exercices militaires avec la Corée du Sud. Signe que la pression sur la Corée du Nord diminue? Le spécialiste du dossier Théo Clément nuance: l’épée de Damoclès américaine n’a pas disparu du jour au lendemain.
En 2016, la Corée du Sud et son allié américain simulaient des « frappes de décapitation » du régime nord-coréen. Dix ans plus tard, les deux alliés organisent des exercices bien moins hostiles envers Pyongyang, avec une implication réduite de Washington.
La posture moins belliqueuse de la Maison Blanche peut être vue comme un gage de bonne volonté, observe Théo Clément, interrogé vendredi par l’émission Tout un monde.
Mais attention à ne pas surestimer la portée de cette attitude: « Le signal est là, mais il est quand même très léger au vu de la très mauvaise nature des relations bilatérales entre la Corée du Nord et les États-Unis. Il reste 28’000 soldats américains en Corée du Sud, les porte-avions font des allers-retours [dans le Pacifique] et le différentiel de force entre les États-Unis et la Corée du Nord reste abyssal », détaille le chercheur associé à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, basée à Paris.
Ce petit geste de Donald Trump a vocation à mettre Kim Jong Un dans de bonnes prédispositions. Le locataire de la Maison Blanche a affirmé qu’il allait rencontrer le dictateur nord-coréen avant la fin de l’année.
>> L’interview de Théo Clément dans Tout un monde : Kim Jong Un plus puissant que jamais? Le grand jeu de la Corée du Nord / Tout un monde / 7 min. / aujourd’hui à 08:13 Un besoin de victoire après l’échec iranien
Le président américain, qui s’est engouffré dans une impasse au Moyen-Orient, « a besoin d’une victoire rapidement », estime Théo Clément.
S’il se réalise, le tête-à-tête serait le quatrième entre les deux hommes. Le deuxième, qui a eu lieu en 2019 à Hanoï, au Vietnam, n’avait notamment rien donné. Les Nord-Coréens se sont sentis humiliés par le fait que Kim Jong Un soit rentré les mains vides, explique l’expert de la politique internationale en Asie de l’Est.
La République populaire de Corée du Nord reste un petit pays
Théo Clément, spécialiste de la Corée du Nord
« Donald Trump va devoir mettre beaucoup sur la table pour séduire les Nord-Coréens et les appeler au dialogue », soutient Théo Clément.
Le chercheur doute cependant que le milliardaire républicain soit « vraiment dans l’optique » de faire des concessions diplomatiques. Dans le même temps, les responsables nord-coréens ne sont pas, eux, « intéressés par une opération photo ». A en croire le spécialiste, il y a donc peu à espérer d’un éventuel sommet Trump-Kim.
Les deux dirigeants se sont rencontrés à trois reprises. Leur seconde réunion a eu lieu à Hanoï, au Vietnam. [KEYSTONE – EVAN VUCCI] Une apparente position de force
Le maître de Pyongyang semble ainsi tenir politiquement le haut du pavé. Sa coopération économique et militaire avec la Russie – illustrée notamment par l’envoi de soldats sur le front ukrainien – lui donne des ailes et lui permet de poursuivre ses efforts dans le développement du programme nucléaire nord-coréen.
Théo Clément jette un regard nuancé sur cette situation. « Kim Jong Un est sans doute dans une position de force à l’échelle de la Corée du Nord. Mais je m’en voudrais de le faire passer pour un génie du mal mondial, dans le sens où la République populaire de Corée du Nord reste un petit pays. Elle ne représente pas la même force que les États-Unis et la Chine. »
Propos recueillis par Eric Guevara-Frey
Adaptation web: Antoine Michel