Une publication de l’UDC sur les réseaux sociaux affirme, statistiques à l’appui, que les femmes étrangères sont plus violentes que les hommes suisses. Notre fact-checking montre que cette affirmation repose sur une lecture sélective et trompeuse des données.

Non, les femmes étrangères ne sont pas plus violentes que les hommes suisses Femmes étrangères et violence : autopsie d’une statistique trompeuse / FastCheck / 4 min. / jeudi à 11:21

L’affirmation, publiée début février sur les réseaux sociaux de l’UDC, a fait vivement réagir. En cause, une comparaison choc issue d’une « analyse spéciale » de l’Office fédéral de la statistique (OFS), réalisée à la demande du conseiller national UDC Pascal Schmid. Le but: soutenir l’initiative « Pas de Suisse à 10 millions » en liant immigration et violence.

Les données en question montrent un taux de prévenues pour violence domestique de 13,2 pour 10’000 femmes étrangères, contre 12,6 pour les hommes suisses. Si l’écart est faible, il a suffi au parti pour titrer: « Les femmes étrangères frappent davantage que les hommes suisses! ».

Contacté par FastCheck, l’OFS, qui a produit ces chiffres, nous a pourtant mis en garde par écrit: « Lors de l’interprétation des chiffres, il faut retenir que les conclusions basées uniquement sur les taux de la statistique policière de la criminalité (SPC) sont insuffisantes. » L’OFS précise que des facteurs essentiels comme « le statut socio-économique » ou les « conditions de logement » ne sont pas pris en compte.

Un avis partagé par André Kuhn, professeur de criminologie à l’Université de Neuchâtel. « La proportion de prévenu.e.s ne dit absolument rien de la gravité des infractions commises. » Il qualifie ce procédé de tentative intentionnelle de « tromper et à manipuler l’opinion publique ».

Un biais à la source

Au-delà de l’interprétation, la création même de la donnée est questionnée. Marylène Lieber, directrice de l’Institut des études genre de l’Université de Genève, souligne que ces chiffres « reflètent d’abord l’activité de la police ». S’appuyant sur des travaux de recherche de la Dre Faten Khazei, elle explique que « la police suisse a moins tendance à qualifier comme relevant des violences conjugales des maltraitances au sein des couples suisses qu’au sein des couples étrangers. » Ainsi, un « conflit » dans un couple suisse pourrait ne pas être comptabilisé, alors qu’une situation similaire dans un couple étranger le serait, créant un biais structurel.

Quand les chiffres disent le contraire

L’analyse détaillée des données de l’OFS révèle deux contre-arguments majeurs. Premièrement, les chiffres absolus: en 2024, on compte 3617 hommes suisses prévenus, contre 1318 femmes étrangères. En nombre total de cas, les hommes suisses sont donc près de trois fois plus nombreux.

Deuxièmement, la gravité des faits. Nous avons isolé une infraction grave: les « lésions corporelles graves ». Les données montrent un taux de 0,2297 pour les hommes suisses, contre 0,1302 pour les femmes étrangères. Pour ces actes, le taux est donc 76% plus élevé chez les hommes suisses. C’est également le cas pour les tentatives d’homicide, où le taux pour les hommes suisses (0,069) est plus du double de celui des femmes étrangères (0,030).

Les différences statistiques s’expliquent par des facteurs sociaux comme la précarité ou l’isolement, bien plus que par « la couleur du passeport », pour reprendre les mots d’André Kuhn. L’affirmation de l’UDC est donc une lecture déformée de la réalité.

Hélène Joaquim