À Robertsport, village côtier du Liberia, une association suisse envoie des planches de surf pour offrir bien plus que du matériel: une thérapie par les vagues pour des jeunes marqués par la guerre civile.
« Nous, on fournit du fun », lance le Bernois Chris Klein, co-fondateur de l’association Provide the Slide, interrogé dans le documentaire d’Arthur Bourbon « Nous les surfeurs » disponible sur le Play RTS. Une phrase qui résume toute sa philosophie: « On essaye de changer ce rapport à l’Afrique. Dès qu’il est question de l’Afrique dans les sociétés européennes, c’est toujours: on fournit de l’eau potable, on fournit l’éducation. Mais nous, on fournit du fun. »
Dans la vie, si on s’éclate et qu’on fait des choses qu’on aime, c’est bien plus facile de surmonter les difficultés. Et des difficultés, ici, ils en ont plein.
Christopher Klein, co-fondateur de l’association Provide the Slide
Pour ce surfeur suisse, le plaisir n’est pas un luxe superflu, mais un outil de résilience: « On pense que dans la vie, si on s’éclate et qu’on fait des choses qu’on aime, c’est bien plus facile de surmonter les difficultés. Et des difficultés, ici, ils en ont plein. »
Un club né d’un documentaire
L’histoire commence il y a cinq ans, lorsque les réalisateurs et surfeurs français Arthur Bourbon et Damien Castera filment la première génération de surfeurs libériens. Ces jeunes qui, pour beaucoup, ont été enrôlés comme enfants-soldats pendant la guerre civile, trouvent désormais la paix dans l’océan. Le documentaire intitulé « Water Get No Enemy » ou « L’eau n’a pas d’ennemi », en référence à une chanson de Fela Kuti, rencontre un succès inattendu.
Contenu externe
Ce contenu externe ne peut pas être affiché car il est susceptible de collecter des données personnelles. Pour voir ce contenu vous devez autoriser la catégorie Réseaux sociaux.
Accepter Plus d’info
Avant même sa sortie, « Provide the Slide » expédie une trentaine de planches au Liberia. Depuis, l’association collecte du matériel auprès de surfeurs suisses et européens pour l’acheminer vers l’Afrique de l’Ouest. « Beaucoup de surfeurs ont des planches dans leur garage et ne les utilisent pas. Mais pour un surfeur d’Afrique de l’Ouest, ça signifie énormément », explique Chris Klein.
Avec le club, ils peuvent faire partie d’une communauté. Et puis il y a tous ces aspects psychologiques: devoir se confronter à la nature, l’estime de soi. Tu dois prendre les bonnes décisions quand tu surfes
Christopher Klein, co-fondateur de Provide the slide
Grâce à plusieurs ONG, dont Universal Outreach Foundation, le Robertsport Surf Club a pu ouvrir ses portes. Avec son bar, ses plateformes d’hébergement à 10 dollars la nuit et son atelier de réparation, il génère des revenus et crée des emplois dans l’un des pays les plus pauvres du monde.
Plus qu’un sport, une thérapie
« Quand vous êtes ici au Liberia et que vous voyez ce que ça signifie pour ces enfants de surfer, c’est un tel changement », poursuit Chris Klein. « D’abord, il y a un club. Ils peuvent faire partie d’une communauté. Et puis il y a tous ces aspects psychologiques: devoir se confronter à la nature, l’estime de soi. Tu dois prendre les bonnes décisions quand tu surfes. »
Quand je surfe, j’oublie tout. Les problèmes, le stress. Je me sens bien.
Irène Georges, première surfeuse du Liberia
Chaque semaine, des séances de surf-thérapie, encadrées par l’ONG sud-africaine Waves for Change, apprennent aux enfants à exprimer leurs émotions et gérer leurs traumatismes. Reagan, 10 ans, fils d’un ancien enfant-soldat, y participe régulièrement. Comme lui, de nombreux jeunes trouvent dans les vagues un exutoire à un quotidien difficile.
Irène « Butterfly » Georges, première surfeuse du pays, témoigne: « L’océan aide à prendre les bonnes décisions. Quand je surfe, j’oublie tout. Les problèmes, le stress. Je me sens bien. » Le surf lui a permis d’obtenir un emploi au club et de financer ses études.
Des vagues de classe mondiale
Robertsport bénéficie d’une configuration exceptionnelle: une succession de spots où les vagues déferlent jusqu’à l’entrée du village. Le Liberia, longtemps connu pour ses récits de guerre, se fait désormais une réputation de destination surf en Afrique de l’Ouest.
Contenu externe
Ce contenu externe ne peut pas être affiché car il est susceptible de collecter des données personnelles. Pour voir ce contenu vous devez autoriser la catégorie Infographies.
Accepter Plus d’info
Pour cette édition anniversaire du championnat, Provide the Slide a invité des surfeurs du Sénégal, de Sierra Leone, du Ghana et de Côte d’Ivoire et de Sao Tomé, transformant l’événement en première compétition internationale organisée dans le pays.
« Si le matin on va à l’eau et qu’on surfe, on devient une meilleure personne pour le reste de la journée », conclut Chris Klein. Au Liberia, cette philosophie simple change des vies.
Muriel Reichenbach, Les Documentaires RTS
« Nous les surfeurs » d’Arthur Bourbon, disponible sur le PLAY RTS