À l’heure de la traditionnelle rentrée littéraire, une question se pose: les livres qui sortent de nos jours sont-ils écrits à 100% par des humains? Car l’intelligence artificielle est désormais capable de produire des romans que certains jugent plutôt réussis. Les spécialistes de l’édition en Suisse romande doivent s’adapter.

Ces derniers temps, les manuscrits reçus par les éditions Encre fraîche sont devenus meilleurs. C’est en tout cas l’avis de la lectrice Laura Maxwell, membre de la commission littéraire de cette maison d’édition associative genevoise.

« Tout à coup, il n’y avait plus du tout d’erreur de points de vue. Il y avait des trames intéressantes », décrit-elle. Et cette question: l’IA serait-elle derrière ce changement? « On s’est dit: peut-être. »

Les logiciels de détection ne suivent plus

Et pour cause: il devient de moins en moins évident de détecter les textes écrits par des IA génératives, qui peuvent même fournir des morceaux de textes « bluffants », estime-t-elle. La Genevoise a donc créé une association pour s’entraîner à mieux faire la distinction.

D’autant que même les détecteurs d’IA ne sont pas fiables. Pour le démontrer, Laura Maxwell a donné l’un de ses propres récits à analyser à l’un d’eux. Réponse du logiciel: « 85% de ce texte a été manifestement rédigé par une IA », selon lui.

Chartes et confiance

À Lausanne, la maison d’édition art&fiction, spécialisée dans les livres visuels, a été l’une des premières à prendre position officiellement. Dans un souci de transparence, elle a publié une charte en juillet dans laquelle elle explique son rapport à l’intelligence artificielle, son recours à celle-ci avec parcimonie, mais surtout des engagements, comme la non-diffusion d’images générées par l’IA.

Pour ce qui est des textes, « on s’engage à ne pas nourrir l’IA des écrits que l’on reçoit », explique sa responsable de diffusion et communication Marie Walpen. « Et on s’attend à ce que les auteurs soient transparents par rapport à l’usage ou non de l’IA dans leurs productions. »

Pour elle, les maisons cherchent de l’inédit, alors que l’IA mélange de l’existant: « Il ne faut pas oublier que ce sont des machines, des maths, de la probabilité. Ce n’est pas un super humain. »

Connaître ses auteurs et autrices

Aux éditions Zoé, de l’IA a déjà été détectée dans certains manuscrits reçus. Pas de charte ici, mais l’éditeur romand mise quant à lui sur l’expérience de la lecture et la proximité avec les auteurs pour débusquer les textes faits par les robots: « C’est une très bonne garantie parce que dans la manière de parler de l’auteur, de se tenir, on peut reconnaître une manière d’écrire », assure l’assistante d’édition Marie Studer. Pour elle, la particularité de Zoé est aussi de publier des textes très centrés sur l’humain, les émotions, « et ça l’IA ne peut pas le faire ».

Ainsi, même s’il faudra peut-être, à l’avenir, demander aux auteurs et aux autrices de garder leurs brouillons, ou même de venir sur place pour réécrire un texte afin de démontrer la qualité de leurs plumes, la plupart des maisons d’édition romandes misent encore sur la confiance.

Céline Argento/jop