
Le Pentagone a licencié vendredi l’éditeur Max Lederer (en poste depuis 2007), le rédacteur en chef Erik Slavin, et la correspondante pour le Moyen-Orient Lara Korte, du média spécialisé dans les affaires militaires Stars and Stripes.
Stars and Stripes, qui tire son nom du drapeau américain – la « Bannière étoilée » – est une institution aux États-Unis. Le journal dont la mission est d’informer les quelque 1,4 million de militaires américains, notamment ceux déployés à l’étranger, a été créé durant la Guerre de Sécession en 1861.
Lara Korte a confirmé son licenciement sur les réseaux sociaux, expliquant qu’elle aurait commit un « acte d’insubordination » après avoir déclaré à un journaliste de CBS qu’elle travaillait pour Stars and Stripes et non pour le Pentagone, une quelconque administration ou un décideur politique.
Pour sa part, Erik Slavin a déclaré que cette mesure faisait suite à son refus d’accepter ce qu’il considérait comme une ingérence dans les décisions éditoriales du journal. Le mois dernier, lors de l’émission CBS Sunday Morning, il avait affirmé que l’ordre de remplacer un reportage exact par un texte rédigé par le Pentagone constituerait une « ligne rouge ». Dans le reportage en question, Stars and Stripes faiait état des conditions difficiles rencontrées par les marins du porte-avions USS Abraham Lincoln lors du déploiement du GAN américain dans le cadre des opérations contre l’Iran. Ces difficultés ont suscité de vives critiques à l’encontre de la campagne militaire contre l’Iran et une dénonciation de conditions de vie à bord lors d’un déploiement de plus de 260 jours. Voir l’article de Stars and Stripes sur ce sujet.
Coups de semonce dès 2020
Ces mesures de rétorsions’inscrivent dans la politique coercitive du Département de la Guerre qui cherche depuis plusieurs années à réorienter la couverture médiatique de ce média d’information militaire historiquement indépendant. Stars and Stripes a traditionnellement bénéficié d’une indépendance éditoriale vis-à-vis du Département de la Guerre, même si ses employés sont des salariés du Pentagone et que le média est en partie financé par ce dernier.
Dès le premier mandat de Donald Trump, des rumeurs ont couru sur la reprise en main, voire la fermeture, du média. Le quotidien USA Today annonçait à la fin de l’été en 2020 que le média militaire allait fermer à la fin du mois de septembre, avec une ultime parution le 30. USA Today tirait ses informations d’un memo du Pentagone demandant à l’éditeur de préparer un plan de fermeture du média d’ici au 15 septembre et de libérer les locaux qui étaient alors alloués aux équipes de Stars and Stripes. Pour le Pentagone, l’économie était estimée à un peu plus de 15 millions de dollars…
Des élus de tous bords s’étaient aussitôt prononcés contre la décision du Pentagone et ils avaient obtenu gain de cause. Le désamour entre Trump et les armées étant alors plus que visible, la décision de sauver la tête de Stars and Stripes s’inscrivait donc dans un effort présidentiel de gagner (ne pas perdre) les coeurs des militaires.
L’Administration Trump du mandat 2 est revenue à la charge. En janvier 2026, j’avais consacré un post aux démêlés du média avec cette Administration : « Le journal militaire américain Stars and Stripes recadré par le Pentagone qui le juge trop woke« .
J’y écrivais que « le journal militaire américain Stars and Stripes est jugé trop woke par le Pentagone qui souhaite donc « recentrer son contenu ». Le porte-parole du Département de la Guerre, Sean Parnell, avait annoncé sur son compte X que la publication allait revenir à sa mission initiale: informer les combattants ».