Plusieurs premiers ministres provinciaux se sont déjà adressés aux médias pour réagir à l’annonce qu’une entente entre Ottawa et Washington serait en voie d’être finalisée.
Or, le premier ministre Mark Carney a rencontré les premiers ministres provinciaux lors d’une réunion d’information, mercredi, durant laquelle il les aurait informés qu’aucun accord commercial ne serait conclu avec l’administration Trump si les boissons alcoolisées américaines n’étaient pas de nouveau disponibles dans les succursales des SAQ, LCBO et compagnie.
Mark Carney aurait aussi demandé aux premiers ministres provinciaux de ne pas exclure les États-Unis de leurs politiques d’approvisionnement, selon le premier ministre du Manitoba, Wab Kinew.
Aucune sortie publique
Mais le premier ministre de l’Ontario, à l’origine de ces deux mesures visant à riposter contre les politiques tarifaires du président Trump, n’a fait aucune sortie publique depuis mardi soir.
Celui-ci ne s’est pourtant pas gêné de faire part de ses frustrations face au président américain depuis qu’il a lancé une guerre commerciale contre le Canada, en janvier 2025.
«Nous ne pouvons plus nous soumettre à Donald Trump. Je crois qu’il faut rester ferme, négocier en étant fort. On ne négocie pas en étant faible, surtout avec Donald Trump», a soutenu Doug Ford lorsque le président Trump a déclaré il y a un mois qu’il imposerait des droits de douane de 50 % sur la plupart des produits canadiens.
Doug Ford a réaffirmé le mois dernier qu’il ne remettrait pas l’alcool américain dans les rayons de la LCBO tant qu’un accord n’aura pas été conclu avec les États-Unis pour mettre fin à la guerre commerciale en cours.
Or, le premier ministre progressiste-conservateur n’avait encore rien dit aux médias, en date de vendredi.
Il ne s’est contenté que d’une publication, passé 23h vendredi, disant qu’il «appuie fermement le premier ministre [Mark Carney] pour une riposte ferme : tarif pour tarif, dollar pour dollar».
«Dans notre lutte pour protéger la souveraineté et la sécurité économique du Canada, toutes les options doivent être envisagées. L’Ontario est prêt à jouer son rôle», a-t-il ajouté dans cette déclaration publiée sur X.
Cette publication de Doug Ford fait suite à une déclaration de Mark Carney, quelques instants plus tôt, où il a annoncé qu’il suspend les négociations commerciales avec les États-Unis.
Un silence surprenant
«Venant de Capitaine Canada, celui qui a toujours été au bat, ce silence est surprenant», souligne la professeure à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa, Geneviève Tellier.
«On est dans la spéculation, mais j’ai l’impression qu’on veut que Doug Ford soit en retrait», avance-t-elle.
À la question: «C’est qui, ‘on’?», Geneviève Tellier répond que «c’est ça que je ne sais pas».
«Est-ce que c’est Mark Carney qui aurait dit à Doug Ford: ‘Sais-tu, j’aimerais mieux qu’on ne t’entende pas pendant quelques jours’? Je ne sais pas si c’est le genre de chose que le premier ministre du Canada peut dire au premier ministre de l’Ontario. Est-ce que c’est Doug Ford qui s’est dit: ‘Je me rends compte qu’il faut que je laisse le fédéral négocier’?», se demande la politologue.
Mais elle note que «Doug Ford, c’est la tête de Turc des Américains».
Le premier ministre de l’Ontario s’est placé dans la mire de l’administration Trump à plusieurs reprises depuis 2025, notamment avec la publicité de Ronald Reagan, le vidage d’une bouteille de whisky Crown Royal en pleine conférence de presse, d’une taxe – n’ayant duré que deux jours – sur l’électricité destinée à trois États américains, et la plus irritante, soit le retrait de l’alcool américain des tablettes de la LCBO.
Lors d’une de ses plus récentes sorties, Doug Ford a déclaré qu’il faut construire des centres de données en Ontario pour ne pas que les données des Canadiens «soient envoyées aux États-Unis et tombent entre les mains du président Trump».
«Ça aussi, ça doit les chicoter», remarque Geneviève Tellier.
Le Canada suspend les négociations
Donald Trump a déclaré en juillet qu’il imposerait un nouveau droit de douane de 50 % sur un large éventail de produits canadiens en représailles aux interdictions provinciales visant l’alcool américain, au système canadien de gestion de l’offre dans le secteur laitier et aux quotas imposés sur certains véhicules américains.
Ces droits de douane devaient entrer en vigueur mercredi, juste après minuit, mais cette échéance a été repoussée à samedi 00 h 01 afin qu’Ottawa et Washington puissent poursuivre leurs négociations commerciales.
Après des semaines de négociations commerciales, le premier ministre Mark Carney a décidé de suspendre ces travaux, disant que les progrès «visant à renforcer la position du Canada comme partenaire bénéficiant du meilleur accord au monde avec les États-Unis n’ont «pas suffi à répondre aux objectifs que son gouvernement s’était fixé.
Dominic LeBlanc et Janice Charette ont rencontré à plusieurs reprises ce mois-ci, à Washington, le représentant américain Jamieson Greer afin de tenter de finaliser l’accord.
Dominic LeBlanc a déclaré jeudi aux journalistes que les deux parties étaient «très proches» d’un accord. Le contenu de cet accord n’a toutefois pas été rendu public.
L’accord devait porter sur les droits de douane américains sur l’acier, l’aluminium, le bois d’œuvre et les automobiles. Il devrait également répondre à certaines préoccupations américaines concernant l’accès limité au marché laitier canadien, ainsi qu’aux droits de douane de rétorsion imposés par le Canada sur les automobiles et aux interdictions provinciales sur les importations d’alcool en provenance des États-Unis.
«Les Canadiens attendent de nous que nous concluions un accord qui serve les intérêts économiques du Canada et des travailleurs canadiens», a déclaré M. LeBlanc en quittant le bureau de M. Greer, jeudi.
Mark Carney affirme avoir demandé aux négociateurs canadiens de rentrer à Ottawa.
«Ils ont travaillé d’arrache-pied, en toute bonne foi, pour défendre les intérêts des Canadiennes et des Canadiens tout au long de ces négociations, et ce, jusqu’à la dernière minute. Cependant, les modifications de dernière minute apportées aux conditions proposées par les États-Unis étaient inéquitables, non rentables et remettaient en cause la fiabilité de tout accord», a soutenu le premier ministre du Canada.
– Avec des informations de la Presse canadienne