Installé au cœur de l’Abbaye de Bonmont à Chéserex (VD) jusqu’au 6 septembre, le triptyque de la plasticienne vaudoise Pierrette Gonseth-Favre offre un espace de recueillement nécessaire et d’une infinie douceur après le drame survenu le 1er janvier 2026 à Crans-Montana.
« Ça ne s’explique pas. J’ai fait ce que je devais faire. C’était impérieux, je n’avais pas le choix. Le reste était dérisoire, accessoire. Ça devenait important que je parle de ces 41 jeunes gens ». C’est par ces mots habités que la plasticienne Pierrette Gonseth-Favre décrit la genèse de son œuvre, ‘In Memoriam’, dans l’émission Vertigo du 17 août.
Le point de départ de cette création est la tragédie qui a ébranlé la Suisse au matin du 1er janvier 2026: l’incendie dévastateur du Constellation à Crans-Montana (VS), qui a coûté la vie à 41 personnes. Pour l’artiste, le drame a immédiatement pris une résonance intime et douloureuse. « Le 1ᵉʳ janvier, quand j’ai appris cette tragédie à Crans-Montana, je n’y croyais pas. Je me disais non, cela ne peut pas arriver en Suisse », se souvient-elle.
Puis, le choc familial. Alicia et Diana, ses deux petites-cousines, deux jeunes femmes qu’elle avait serrées dans ses bras à peine deux semaines auparavant, font partie des victimes: « Je ne pouvais pas imaginer que je ne reverrai plus leur sourire. Cela tournait dans la tête. Il fallait que je fasse quelque chose. »
Une œuvre nécessaire
Portée par une nécessité intérieure absolue, l’artiste achète du plâtre, conçoit des moules et façonne minutieusement 41 masques. Un choix plastique fort guide sa création: « Je ne voulais pas mettre la bouche. Je me suis arrêté sous le nez parce que je ne voulais pas que la bouche donne une expression quelconque. Je voulais que tout vienne par les yeux », explique-t-elle.
Au centre de ce dispositif de masques noirs et blancs s’élève une structure organique et vibrante: une sorte d’arbre rouge, un buisson ardent constitué de flammèches et de rouleaux de papier, symbolisant à la fois « le feu destructeur et le feu de l’énergie de la jeunesse ».
L’œuvre de Pierrette Gonseth-Favre n’avait pas vocation à être exposée. Pourtant, depuis son installation dans l’écrin sacré de l’Abbaye de Bonmont, l’artiste confie recevoir quotidiennement des témoignages de gratitude. ‘In Memoriam’ agit comme un catalyseur de deuil, un espace de transition indispensable pour les proches des victimes et le public touché par le drame. « C’est tellement dur de penser à tous ceux qui sont partis. Et puis là, je les trouve beaux, je les trouve présents… Ils font partie de nous », conclut l’artiste.
Sujet radio: Florence Grivel
Adaptation web: ld
‘In Memoriam’ de Pierrette Gonseth-Favre, Abbaye de Bonmont, Chéserex (VD), jusqu’au 6 septembre 2026.