Une rumeur virale, appuyée par des images chocs, répond par l’affirmative sur Instagram. Cette intox se base sur une vraie loi, mais en déforme la nature, le calendrier et l’apparence. FastCheck a enquêté pour démêler le vrai du faux.

Des étiquettes "cruauté" sur la viande en Suisse ? On démêle le vrai du faux Non, la Suisse ne va pas coller ces étiquettes « cruauté » sur votre steak / FastCheck / 3 min. / jeudi à 17:33

« La Suisse vient de devenir le premier et unique pays au monde à exiger des étiquettes de cruauté animale ». Cette affirmation, tirée de plusieurs publications ayant généré des milliers de réactions sur Instagram, est accompagnée d’images chocs de paquets de viande sur lesquels on retrouve des avertissements. Pourtant, la réalité est bien plus nuancée.

Issues d’un compte spécialisé dans les « bonnes nouvelles » sur la cause animale, ces publications simplifient à l’extrême une décision du Conseil fédéral. Plusieurs incohérences le montrent: les images, générées par IA, avec des prix en euros pour un produit censé être vendu en Suisse, ou encore les modifications d’ordonnance datant de mai 2025, ce qui contredit le caractère récent des posts.

Une loi qui vise surtout les produits importés

En réalité, il n’y aura pas d’étiquette choc. Contacté par FastCheck, l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV) confirme que le terme « étiquette de cruauté » est incorrect. En instaurant une « obligation de déclaration », l’objectif de la loi est d’informer si des denrées comme la viande, les œufs ou le lait proviennent d’animaux ayant subi des « pratiques douloureuses sans anesthésie ».

Alors que la plupart de ces méthodes sont déjà interdites en Suisse, la mesure vise principalement la transparence sur les standards des produits importés. Pour l’Union suisse des paysans, c’est un moyen de repérer un « mode de fabrication problématique » chez la concurrence étrangère.

Cette nouvelle transparence restera cependant limitée. D’abord par sa discrétion: le lobby agricole confirme que la mention sera un outil pour celles et ceux qui « y regardent de plus près ». Ensuite, par son manque de précision: la mention ne détaillera pas si la pratique était la castration ou l’écornage, regroupant toutes les possibilités sous une seule phrase générique: « produit à l’aide de méthodes causant des douleurs, sans anesthésie préalable », peut-on lire dans l’ordonnance sur les denrées alimentaires et les objets usuels.

Si la loi existe sur le papier depuis 2025, son absence dans les rayons est normale. Les entreprises ont jusqu’au 1e juillet 2027 pour l’appliquer sur les emballages, affichettes et même menus des restaurants.

Hélène Joaquim