Souvent éclipsée par la vitamine D, la vitamine K joue pourtant un rôle central dans nos os, notre coagulation et la santé de nos artères. Entre apports alimentaires, étude cardiologique récente et précautions sous anticoagulants, son importance se révèle sous un nouveau jour.

Nutriment discret, la vitamine K ne fait pas autant parler d’elle que la D ou la C, alors qu’elle conditionne à la fois la solidité des os, la coagulation du sang et une partie de la santé cardiovasculaire. Sans elle, les fractures, les bleus qui s’éternisent et certains troubles circulatoires deviennent beaucoup plus probables.

Cette vitamine active des protéines clés dans l’os, les vaisseaux et le foie. Elle intéresse aussi les cardiologues depuis qu’une étude publiée le 10 juin 2026 dans la revue JAMA Cardiology suggère un effet sur la calcification des artères coronaires. Effet réel, mais mesuré, qui ne transforme pas la vitamine K en pilule anti-infarctus.

Vitamine K : formes K1 et K2, apports et aliments clés

Selon l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), la vitamine K est une vitamine liposoluble qui existe surtout sous deux formes : la vitamine K1 (phylloquinone), majoritaire dans l’alimentation, et la vitamine K2 (ménaquinones), produite par certaines bactéries et présente dans quelques aliments animaux ou fermentés. L’Anses fixe l’apport satisfaisant pour l’adulte à 79 µg/j de K1.

La K1 se trouve surtout dans les légumes verts à feuilles et certaines huiles végétales, à consommer avec un peu de matière grasse pour une bonne absorption. La K2 se rencontre dans les abats, certains fromages affinés ou aliments fermentés comme le natto japonais. Pour un quotidien plus simple, on peut privilégier :

chou kale, épinards, brocoli, blettes ;

persil, ciboulette, salades vertes ;

huiles de soja, de colza ou d’olive.

Coagulation et os : la double mission de la vitamine K

La vitamine K permet la carboxylation de plusieurs facteurs de coagulation synthétisés par le foie. Sans cette étape, le temps de prothrombine (temps de Quick) s’allonge et le sang coagule mal. Les instituts comme le NIH signalent qu’une carence marquée se traduit par des saignements (ecchymoses, saignements de nez, hémorragies digestives) ; chez le nouveau-né, ce risque justifie l’injection systématique de vitamine K à la naissance.

Dans l’os, la vitamine K active l’ostéocalcine, une protéine qui aide le calcium à se fixer dans la matrice osseuse. Un statut insuffisant se traduit par plus d’ostéocalcine non carboxylée et une minéralisation moins efficace. Les études relient un apport adéquat à une meilleure densité osseuse, même si l’effet des compléments sur les fractures reste discuté ; pour l’instant, les grandes sociétés savantes privilégient avant tout l’alimentation.

Vitamine K, calcification artérielle et traitements anticoagulants

Dans les vaisseaux, une autre protéine dépendante de la vitamine K, la Matrix Gla Protein (MGP), limite la calcification des parois. Sa forme inactive, dp-ucMGP, sert de biomarqueur de statut en vitamine K. L’essai VitaK-CAC a ainsi testé la ménaquinone-7 (MK-7) à 360 µg/j pendant 2 ans : le score calcique coronaire médian est passé de 145 à 214 unités d’Agatston dans le groupe placebo, contre 135 à 184 sous MK-7, avec une différence d’environ 22 AU (p = 0,02). Les auteurs soulignent que la portée clinique de cet effet reste à confirmer.

Autre sujet sensible, les antivitamines K (AVK) comme la warfarine bloquent le cycle de la vitamine K pour fluidifier le sang. Les recommandations relayées par la Haute Autorité de santé et la Mayo Clinic insistent sur un point : il ne s’agit pas de bannir les aliments riches en vitamine K, mais de garder des apports aussi stables que possible et de contrôler régulièrement l’INR. Toute supplémentation, surtout en K2 à forte dose, doit être discutée avec le médecin, en particulier en cas de traitement anticoagulant ou de maladie avec malabsorption des graisses.