Les supercentenaires semblent conserver certaines défenses étonnamment efficaces contre les maladies liées à l’âge. Une nouvelle étude s’est intéressée à leur système immunitaire et a découvert une quantité inhabituelle de lymphocytes capables de s’attaquer aux cellules cancéreuses.

Les supercentenaires sont les personnes qui atteignent ou dépassent 110 ans, un âge exceptionnel quand on le compare à l’espérance de vie en France. En 2025, en effet, celle-ci atteint 85,9 ans pour les femmes et 80,3 ans pour les hommes, selon l’Insee.

Des chercheurs de l’Université d’Osaka00806-5?returnURL=https%3A%2F%2Flinkinghub.elsevier.com%2Fretrieve%2Fpii%2FS2211124726008065%3Fshowall%3Dtrue), au Japon, se sont intéressés à ces personnes qui vivent plusieurs décennies au-delà de la moyenne et pensent avoir découvert pourquoi ces super seniors semblent conserver certaines défenses étonnamment efficaces contre les maladies liées à l’âge. En étudiant leur système immunitaire, ils ont découvert une quantité inhabituelle de lymphocytes capables de s’attaquer aux cellules anormales_, dont les cellules cancéreuses.

Des cellules « tueuses » qui patrouillent dans l’organisme

L’étude s’est concentrée sur les lymphocytes T cytotoxiques CD4, des cellules importantes du système immunitaire adaptatif. Leur particularité est leur capacité à jouer un rôle de « tueuses ». Elles patrouillent dans l’organisme et peuvent s’attaquer à des cellules infectées, endommagées ou potentiellement cancéreuses. Chez la plupart des personnes, ces lymphocytes restent relativement rares. Les chercheurs ont pourtant constaté qu’ils commencent à se multiplier autour de 100 ans et deviennent particulièrement nombreuxchez les supercentenaires.

L’étude a analysé des échantillons sanguins provenant de 28 participants japonais. Le groupe était petit, ce qui limite la possibilité de généraliser les résultats à l’ensemble de la population mondiale. Malgré cela, la différence observée selon l’âge est marquée. Chez les huit participants âgés de 70, 80 et 90 ans, la proportion médiane de lymphocytes T cytotoxiques CD4 atteignait 4 %. Elle montait à 9,6 % chez les 10 centenaires étudiés et atteignait 17,6 % chez les supercentenaires.

Un système immunitaire qui continue de s’adapter avec l’âge

Pour les chercheurs, cette multiplication pourrait être le signe que le système immunitaire répond de manière répétée à certaines menaces présentes dans l’organisme au fil des années. Ils avancent l’idée que cette adaptation pourrait aider l’organisme à mieux contrôler les cellules anormales qui deviennent plus nombreuses avec l’âge. « Le vieillissement immunitaire n’est pas simplement un processus de déclin » explique l’immunologiste Kosuke Hashimoto, de l’université d’Osaka. « L’expansion sélective de certaines cellules T suggère que, même à un âge très avancé, le système immunitaire peut continuer à s’adapter aux défis liés à l’âge. »

Les résultats ne permettent pas encore de dire que ces cellules sont la raison pour laquelle certaines personnes atteignent 110 ans. L’étude montre surtout qu’elles sont particulièrement abondantes chez les supercentenaires et qu’elles présentent des caractéristiques compatibles avec une réponse prolongée à des antigènes persistants.

La découverte rejoint une observation plus large concernant les supercentenaires : ces personnes semblent conserver certains marqueurs immunitaires, cardiovasculaires et épigénétiques plus jeunes que ne le laisserait penser leur âge. La nouvelle étude apporte donc un élément supplémentaire à cette énigme. Chez ces personnes extrêmement âgées, certaines défenses immunitaires ne disparaissent pas simplement avec les années. Au contraire, une population rare de lymphocytes T cytotoxiques CD4 semble s’être développée et diversifiée.

Source :

CD4 CTLs in supercentenarians: Signs of adaptive expansion in healthy aging, Cell reports, août 2026