Le nombre de délits de chauffard est en forte augmentation en Suisse romande. Ces infractions particulièrement graves à la loi sur la circulation routière ont presque doublé en cinq ans, selon l’enquête de l’émission Mise au Point. Avec 129 cas en 2025, Genève détient la palme des cantons romands.

L’aiguille frôle les 170 km/h sur une route de campagne, quelque part en Suisse romande. Au volant, un jeune homme de 21 ans filme la scène d’une main. Pour lui, la vitesse, c’est un mode de vie: « 200 km/h, c’est ma vitesse de croisière », s’amuse-t-il sous couvert d’anonymat. « C’est humain, on veut toujours plus. Si la voiture accélère vite, on aime la sensation… Ça donne de l’adrénaline. »

Ce profil n’est plus une exception dans les cantons romands. L’émission Mise au Point s’est procuré les statistiques des polices cantonales romandes. Résultat: le nombre de délits de chauffard a presque doublé en cinq ans, passant de 166 cas recensés en 2021 à 326 en 2025 (voir classement détaillé des cantons romands dans l’encadré).

Un accident dû à la vitesse. [RTS] Un accident dû à la vitesse. [RTS]

Cette tendance à la hausse s’observe dans toute la Suisse. A Zurich par exemple, ce type de délits a bondi de 63% en cinq ans (de 141 à 230 cas), incitant le Ministère public à créer une unité d’enquête spéciale. Les « délits de chauffard » ont été introduits avec la loi Via Sicura. Ils désignent une infraction routière très grave. Par exemple, rouler à plus de 100 km/h dans une zone limitée à 50, ou à plus de 200 sur l’autoroute.

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Un record dans la Broye

Au-delà de ces chiffres, c’est l’extrême gravité de certains comportements qui alarme les autorités. Le cas le plus emblématique reste celui d’un habitant de la Broye âgé de 22 ans. En juillet 2022, au petit matin, le jeune homme se filme alors qu’il circule à plus de 300 km/h sur l’autoroute A1 entre Avenches et Payerne.

Capture d'écran de la vidéo filmée entre Payerne et Avenches. Capture d’écran de la vidéo filmée entre Payerne et Avenches.

« C’est le délit de chauffard le plus grave qui ait jamais existé dans le canton de Fribourg, et probablement en Suisse romande », commente son avocat, Me Sébastien Pedroli, qui l’a accompagné devant la justice. « Ce cas est exceptionnel dans tous les sens du terme: dans la mise en danger de sa propre vie, de celle de ses passagers et de celle des autres usagers de la route. » Poursuivi pour une trentaine d’infractions à la Loi sur la circulation routière, le jeune homme a écopé de 8 mois de prison ferme. Une peine plutôt clémente, car la loi prévoit jusqu’à quatre ans de détention.

Des voitures ultra-puissantes louées à la journée

Pour atteindre de telles vitesses, les jeunes conducteurs n’ont plus forcément besoin d’acquérir ces monstres de puissance. Ils peuvent les louer. À Echallens, au cœur de la campagne vaudoise, la start-up L&A Mackcars loue des bolides d’exception à l’heure ou à la journée: McLaren 570S Spider, Lamborghini Huracán Performante de 640 chevaux.

« On est très actifs sur les réseaux sociaux, on propose des concours et les jeunes y sont extrêmement réceptifs », expliquent Loris Epars et Alessio Varone, les deux jeunes fondateurs. Ici, 80 % de la clientèle a entre 18 et 25 ans. Certains clients viennent même louer la voiture de leurs rêves le lendemain de l’obtention de leur permis.

La start-up L&A Mackcars loue des bolides d'exception à l'heure ou à la journée. La start-up L&A Mackcars loue des bolides d’exception à l’heure ou à la journée.

L’agence dit avoir conscience des risques. Ses responsables estiment toutefois que les jeunes louent leur voiture moins pour la vitesse que pour s’offrir un moment unique au volant d’une voiture exclusive. Elle tente également de responsabiliser les conducteurs via le montant dissuasif de la franchise en cas de crash.

Des garde-fous insuffisants pour certains. À Berne, une motion a été déposée pour interdire le leasing et la location de véhicules surpuissants aux jeunes conducteurs. Une mesure trop restrictive pour Loris Epars: « Que l’on conduise une Polo de 90 chevaux ou une Ferrari de 700 chevaux, la route reste dangereuse et demande la même attention. C’est une question d’éducation.

Regrets tardifs sur les routes romandes

Pour ceux qui se font pincer, le retour à la réalité est brutal. Un jeune Vaudois, condamné il y a quelques années à de la prison avec sursis et à un long retrait de permis, témoigne de son engrenage: « Je ne me rendais pas compte du danger. C’était l’effet de groupe, les copains qui me disaient: « Vas-y, montre ce qu’elle a dans le ventre, il n’y a pas de radar ». Mais je me suis fait attraper quand même. »

Au-delà de la sanction financière et pénale, il évoque la honte: « Ma famille est tombée de très haut. C’est extrêmement dur de reconstruire la confiance avec ses parents après ça. »

Gilles Clémençon et Amaëlle Steffen