A l’Hôpital des enfants du CHUV, à Lausanne, des séances de thérapie assistée par des chiens sont proposées depuis novembre 2025 aux jeunes patients de l’unité d’hématologie-oncologie pédiatrique. Cookie et Mary, deux canidés spécialement formés, offrent à des enfants en plein traitement contre le cancer de précieux instants de légèreté.
Le diagnostic est tombé il y a seulement quelques jours: Sara, 5 ans, a un cancer. Pour elle et ses parents, c’est la vie qui bascule. Son traitement vient de commencer et il va durer de longs mois. Mais pendant ses visites à l’hôpital, la fillette va pouvoir bénéficier d’une nouvelle thérapie mise en place dans l’unité d’hématologie-oncologie pédiatrique du CHUV: une thérapie assistée par animal.
Ce jour-là, c’est Cookie, un cocker croisé Jack Russel de 14 ans, qui lui rend visite avec sa maîtresse et infirmière Sibylla Protze. « L’objectif aujourd’hui, c’est déjà de faire connaissance avec la petite fille et de lui apporter du plaisir », résume l’infirmière.
Ce projet amène de la normalité dans un espace clos qui peut devenir très déshumanisant
Raffaele Renella, médecin chef de l’unité et initiateur du projet
Une fois les présentations faites, la séance ne dépasse pas une trentaine de minutes: donner à boire au chien, lui donner des ordres, le féliciter d’une caresse. Des gestes simples, mais qui permettent à l’enfant d’oublier, ne serait-ce que quelques minutes, le combat qu’elle doit mener.
Une bulle d’air dans un monde clos
Cookie et Sibylla Protze forment l’un des deux duos qui interviennent chaque semaine dans l’unité. Le second réunit Laurence Gani Janssen, pédopsychiatre formée en thérapie assistée par l’animal, et sa Labrador Mary.
Cookie et une jeune patiente.
Lancé en novembre 2025, le projet, une première en Suisse dans un service d’oncologie pédiatrique, a été rendu possible grâce au financement de Zoé4Life, une association qui vient en aide aux familles touchées par le cancer de l’enfant (lire encadré).
Pour le professeur Raffaele Renella, médecin-chef de l’unité et initiateur du projet, ces visites répondent à un besoin essentiel des enfants hospitalisés. « Ce qui est excellent dans ce projet, c’est qu’il amène de la normalité dans un espace clos qui peut devenir très déshumanisant », explique-t-il. « Les enfants ont besoin de rester des enfants, ils ont besoin d’être touchés, ils ont besoin d’être aimés. Et l’arrivée d’un chien amène quelque chose de magique », ajoute le médecin, évoquant ce « petit côté incontrôlable » qui vient rompre avec l’univers aseptisé de l’hôpital.
Des chiens formés pendant de longs mois
Faire entrer des canidés dans un service d’oncologie pédiatrique ne s’improvise pas. Il a fallu de longs mois de préparation, et ce ne sont pas n’importe quels animaux. Cookie et Mary ont suivi des formations spécifiques avec leurs propriétaires également spécialisées dans ce type de thérapie. Les chiens ont aussi été habitués aux locaux et notamment aux odeurs de chimiothérapie.
Ça m’a fait de la joie, je me suis bien senti avec le chien, on a fait beaucoup de trucs cool
Tommy, patient de 11 ans
Pour assurer une sécurité optimale, un accent particulier a été mis sur le bien-être animal. Nathalie Kohler, éducatrice canine, a activement participé au projet: « On ne lâche pas un chien sans qu’il ait une idée de ce qu’il doit faire, de ce qu’il peut faire et de ce qu’il ne peut pas faire », souligne-t-elle. Ne pas respecter les signaux envoyés par l’animal, prévient-elle, c’est prendre le risque qu’il réagisse de manière imprévisible.
Tommy et un chien au CHUV. « Je me suis senti mieux »
Diagnostiqué à l’âge de 2 ans, Tommy a connu deux rémissions avant qu’une rechute ne le ramène à l’hôpital pour un nouveau traitement. A 11 ans, il fait partie des enfants choisis par l’équipe médicale pour bénéficier d’une séance avec Mary. Avant de le laisser approcher les 30 kilos de la Labrador, Laurence s’assure qu’il n’a pas peur des chiens. Rassuré, le garçon passe un moment à lui donner des ordres, sous le regard ému de sa mère Roxana, qui observe la scène en retrait.
Ça nous donne du courage et ça nous fait continuer le parcours
Roxana, maman de Tommy
« Ça m’a fait de la joie, je me suis bien senti avec le chien, on a fait beaucoup de trucs cool », confie Tommy. « Je me suis senti mieux, plus calme, et j’aimerais beaucoup qu’elle revienne. » Pour sa mère, voir son fils donner des commandes à l’animal et exprimer ainsi ses émotions « n’a pas de prix ». « On oublie un peu qu’il lutte toujours contre la maladie », glisse-t-elle. « Ça nous donne du courage et ça nous fait continuer le parcours. » Le traitement de Tommy doit encore durer dix mois.
Au-delà du réconfort apporté aux familles, le professeur Renella y voit aussi un bénéfice clinique à plus long terme. Selon lui, la présence des chiens facilite l’accès à l’enfant et l’adhésion aux soins: « On voit au niveau médical des bénéfices parce qu’on arrive à délivrer mieux ce qu’on prescrit. On sait qu’à terme, les chances de survie, les résultats de ces enfants vont être meilleurs. » Des hospitalisations prolongées ou des refus de traitement, liés à des moments où l’enfant vit mal la situation, pourraient ainsi être évités grâce à ces visites à quatre pattes.
David Nicole