Du vendredi 28 au dimanche 30 août, le comédien et metteur en scène valaisan Lionel Fournier se prête à un exercice hors norme à la Ferme-Asile de Sion: écrire une fiction en continu pendant 48 heures, sous l’œil du public et sans possibilité de retour en arrière.

Habitué des propositions scéniques atypiques – qu’il s’agisse de jouer l’intégralité d’un spectacle de dos pour aborder la pudeur liée à une agression sexuelle dans ‘Les Effleuré·e·s – Solo pour un dos’, de mêler rap et théâtre dans ‘Versus’ ou de mettre en scène une rupture amoureuse sur un court de tennis dans ‘Battue la terre’ -, Lionel Fournier aime se frotter aux limites de l’espace et du corps. Avec ‘Protocole 48’, il pousse aujourd’hui le curseur de la contrainte artistique encore plus loin.

Dans cette nouvelle performance, à la croisée du théâtre et de la littérature, pendant 48 heures continues (pour tenir la durée, l’artiste s’autorisera des pauses repas et neuf siestes de 30 minutes), Lionel Fournier rédigera un texte de fiction en public, sans retour possible ni relecture, selon un protocole strict et des règles précises.

Le concept est d’une simplicité fascinante: installé derrière un bureau, dans la grange de la Ferme-Asile de Sion, Lionel Fournier écrit sur son ordinateur. Le texte, projeté en direct sur un écran géant, se construit sous les yeux des spectatrices et spectateurs, qui peuvent entrer et sortir librement.

Avec 'Protocole 48', Lionel Fournier s'engage dans un marathon d'écriture hors norme. [Ferme-Asile - Jordane Vincenzi] ‘Protocole 48’, le marathon d’écriture de Lionel Fournier. [Ferme-Asile – Jordane Vincenzi] Une écriture irréversible

L’idée de cette performance marathon trouve son origine dans une autre de ses créations de la saison, ‘Versus’, au cours de laquelle Lionel Fournier et le rappeur Bastien Rey écrivaient notamment un texte en direct. « J’ai adoré cet exercice. Le fait d’être sous stress pour produire quelque chose qui doit être lu, qui doit être défendu à la fin. Et je me suis dit: ‘J’ai envie de pousser cette expérience de manière plus extrême et de voir ce que je peux dérouler comme fil sur une durée de 48 h' », explique l’artiste dans l’émission Vertigo du 19 août.

Pour pimenter l’exercice, l’artiste s’impose une règle: impossible de corriger ce qui a déjà été posé. S’il s’autorise à rectifier des fautes de frappe en cours de route, dès qu’une phrase est scellée par un point final, elle devient définitive. « Chaque phrase qui est inscrite, je ne peux plus l’enlever. (…) Je vais voir si j’arrive à construire un récit qui tient la route. Et peut-être que la réponse est non. Peut-être que ça va être un échec, mais j’ai envie d’essayer », confie-t-il.

Si Lionel Fournier sait qu’il s’agira d’une fiction, il n’en connaît pas encore le sujet: « Je ne sais pas encore de quoi je vais parler. Je ne sais pas encore quel sera le cadre de cette histoire, comment elle va commencer. »

Les contraintes du public

Au cours de cette performance hors norme, le public a un rôle crucial à jouer. Une corbeille attend ses suggestions de contraintes formelles ou thématiques à imposer à l’artiste en cours d’écriture. Mais au-delà de ces contraintes littéraires, c’est surtout la simple présence du public qui réjouit Lionel Fournier: « Je serai déjà, je pense, tellement content de voir des gens arriver. Si les gens viennent. Je pense que ça va aussi influencer mon émotion, mon état d’esprit (…). Ça va me donner aussi des coups de fouet. Et donc non, je n’ai pas d’attentes particulières. J’espère juste que les gens, comme ils vont choper une fiction qui s’écrit au milieu sans savoir ce qu’il y a eu avant ni ce qu’il y aura après, pourront aussi ressortir avec quelque chose ».

Que restera-t-il de ces 48 heures de création brute? Une fois la performance achevée le dimanche 30 août à 19h, le texte subira un ultime polissage orthographique avant d’être publié sous la forme d’un objet d’art, mis en page et relié à la main en seulement 48 exemplaires, dont un sera conservé et mis à disposition des lecteurs et lectrices directement à la Ferme-Asile. Une manière de prolonger, dans le calme d’une lecture, l’effervescence de ce week-end de création hors du commun.

Propos recueillis par Pierre Philippe Cadert

Adaptation web: ld

‘Protocole 48’ de Lionel Fournier, Ferme-Asile, Sion (VS), du 28 au 30 août 2026.