Une équipe de professionnels de la santé suisse s’est rendue à Kinshasa, en République démocratique du Congo, pour soigner des femmes souffrant de fistules recto-vaginales. La mission, que la RTS a pu suivre, visait aussi à former des chirurgiens locaux sur cette pathologie obstétricale, endémique dans le pays.

Dans la salle d’attente de la clinique Panzi de Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo (RDC), plusieurs femmes patientent. Une longue attente, parfois des années, pour l’opération qui pourrait enfin changer leur vie. L’appréhension se mêle à l’espoir de résoudre, comme elles appellent pudiquement, « leurs problèmes ».

« Les problèmes que j’ai eus le jour de l’accouchement de ma deuxième fille… Comme mon mari n’a pas supporté de prendre quelques jours de repos, on a eu des rapports sexuels et j’ai été totalement abîmée », raconte Antoinette, dans le 19h30 de la RTS.

Elle souffre de fistule recto-vaginale, une déchirure mal cicatrisée entre le vagin et le rectum qui rend, la plupart du temps, incontinente.

Des femmes isolées

Comme Antoinette, elles seraient plus de 40’000 en RDC à souffrir de cette pathologie qui isole les femmes, souvent mises au ban de la société. Rares sont celles qui ont accès aux soins.

J’ai un peu peur de l’opération, mais je me réjouis de retrouver mon état normal

Une patiente anonyme

« J’avais très honte et je crois que maintenant, je serai vraiment soulagée. J’ai un peu peur de l’opération, mais je me réjouis de retrouver mon état normal », confie une autre patiente, restée anonyme.

Les femmes qui se sont rendues à la clinique attendent les médecins venus de Genève, encore coincés dans les rues chaotiques de Kinshasa, une ville qui compte 17 millions d’habitants et où la précarité saute aux yeux.

Une association genevoise

L’association Afya, basée à Genève, vient en aide aux femmes d’Afrique subsaharienne souffrant de lésions à la suite d’accouchements traumatiques et de violences sexuelles. Elle réunit une équipe pluridisciplinaire de professionnels de santé, issus notamment des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) et d’autres institutions internationales, et est engagée dans la formation chirurgicale dans la région africaine.

>> Voir une vidéo qui présente le travail de l’association Afya : La présentation du travail de l'association Afya La présentation du travail de l’association Afya / L’actu en vidéo / 2 min. / hier à 21:13

C’est la première fois que l’association se rend à Kinshasa. « L’idée est de réparer un certain nombre de femmes pour leur rendre leur dignité, mais surtout d’enseigner la technique à des chirurgiens locaux », explique le professeur Frédéric Ris, chirurgien aux HUG et président d’Afya Genève.

« Il faut vraiment qu’on fasse cette chirurgie dans des conditions suffisamment simples pour qu’elles soient reproductibles. Ça ne sert donc à rien de faire de la haute technologie », poursuit-il.

Des conditions sanitaires difficiles

Dans l’hôpital fondé par Denis Mukwege, le prix Nobel de la paix en 2018 et le premier à avoir dénoncé les violences faites aux femmes en RDC, où celles-ci subissent de plein fouet la précarité et les conflits armés, les médecins genevois auscultent toutes les patientes pour évaluer celles qui pourront être opérées.

Les chirurgiens suisses ont opéré dans l'hôpital fondé par le prix Nobel de la paix en 2018, Denis Mukwege. Les chirurgiens suisses ont opéré dans l’hôpital fondé par le prix Nobel de la paix en 2018, Denis Mukwege.

Pour Antoinette, c’est le soulagement: son opération est prévue le lendemain. « Dans peu de temps, je serai fière de moi-même. On va me soigner », se réjouit-elle.

Les opérations commencent, bien loin des conditions confortables des grands hôpitaux suisses. Ici, pas d’eau courante et des coupures d’électricité fréquentes. L’équipe s’adapte. Les lésions se situent dans des zones sensibles, et leur réparation est délicate.

Formation de médecins locaux

Dans un des deux blocs opératoires, Frédéric Ris opère devant plusieurs chirurgiens africains. Dans l’autre bloc, Tigist Déméléou, une chirurgienne éthiopienne, supervise une opération. Elle est la première Africaine à devenir formatrice, après avoir suivi trois missions d’Afya sur le continent.

Un signe, pour Frédéric Ris, que le projet remplit son objectif: « Le but final de ces missions, c’est de ne plus avoir à les organiser! On aimerait créer une communauté de chirurgiens africains, et on en a un embryon. »

Pour nous, c’est fantastique! Nous apprenons de nouvelles techniques de prise en charge

Désiré Kibanda, chirurgien congolais

Parmi les médecins congolais formés sur place, Désiré Kibanda, de l’Hôpital de Panzi de Bukavu, se réjouit de cet apprentissage: « Pour nous, c’est magnifique. On apprend des nouvelles techniques par rapport à la prise en charge des fistules recto-vaginales. »

L’opération d’Antoinette, elle, se termine sans complication. Une nouvelle existence s’ouvre à elle. Après la visite des médecins, elle en est convaincue. « Je suis soulagée et vraiment heureuse. Je vivais dans l’angoisse et dans le stress. Maintenant, je suis une nouvelle femme », témoigne-t-elle.

Delphine Misteli Maugué