La raréfaction de certaines plantes dans les zones déglacées en raison du recul des glaciers pousserait les abeilles à partager davantage les fleurs et les transformer en points de contamination, montre une étude menée dans les Alpes suisses.
« En général, les abeilles domestiques se concentrent sur certaines espèces de plantes, qui sont peu visitées par les abeilles sauvages, ce qui réduit les occasions de contact, et donc de transmission des pathogènes », écrivent les universités de l’Université de Lausanne (UNIL) et de l’Université de Milan lundi dans un communiqué.
Le recul glaciaire change cependant la donne. Les espaces qui apparaissent après la fonte sont progressivement colonisés par des plantes et des organismes associés, et la végétation évolue au fil du temps. « Certaines plantes deviennent plus abondantes tandis que certaines ressources florales essentielles aux pollinisateurs se raréfient », précisent les universités.
Amenés à partager les mêmes fleurs, les abeilles infectées peuvent y déposer des particules susceptibles de contaminer d’autres individus.
Les abeilles valaisannes sous la loupe
Dans le cadre de leur étude, les scientifiques se sont concentrés sur cinq agents pathogènes, dont trois virus et deux parasites, dans la zone proglaciaire du Mont Miné en Valais.
Ils ont ainsi établi que dans les zones fraîchement déglacées, les cinq agents infectieux peuvent être trouvés chez les abeilles domestiques, alors que les abeilles sauvages sont relativement épargnées.
En revanche, dans les zones déglacées depuis plus longtemps, la présence du virus des ailes déformées, plus typiquement associé aux abeilles domestiques, a nettement augmenté chez les individus sauvages.
Le glacier du Mont Miné, en Valais, et la marque de son front en 2016. [UNIL – G.Losapio] Recherches dans d’autres régions
Pour les scientifiques, ce résultat met en évidence une conséquence moins visible du changement climatique, à savoir que le recul des glaciers « transforme progressivement l’ensemble de l’écosystème qui se développe dans son sillage, ainsi que le réseau complexe d’interactions entre les organismes qui le composent ».
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L’équipe de recherche entend désormais reproduire ces observations dans d’autres régions touchées par le recul des glaciers et avec différentes densités d’abeilles. Elle espère ainsi mieux comprendre ce phénomène pour mieux protéger les pollinisateurs et les services écosystémiques qu’ils assurent.
ats/iar