Un an après la mort de Marvin, 17 ans, en essayant de fuir la police avec un scooter dans le quartier populaire de Prélaz à Lausanne, la confiance envers l’institution n’est pas rétablie, malgré le travail de la police.

La mort de Marvin, le 24 août 2025, était celle d’un deuxième jeune pendant l’été dans le cadre d’une intervention policière, après celle de l’adolescente Camila, décédée dans un accident de scooter le 30 juin dans le quartier des Plaines-du-Loup alors qu’elle fuyait la police.

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Une foule hétérogène était aussitôt descendue dans la rue. Ces attroupements avaient alors mené à des violences lors desquelles un bus avait notamment été brûlé, des scènes rares en Suisse romande.

Un deuxième soir de violences avait suivi le lundi, accentué par la révélation des groupes WhatsApp de la police lausannoise jugés racistes.

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Sur le terrain, la situation avait fini par s’apaiser le troisième soir, mais les débats, eux, ne faisaient que commencer.

La confiance pas rétablie

Daryl, 20 ans, le cousin de Marvin avec qui il avait un groupe de rap, décrit lundi dans La Matinale de la RTS les violences survenues dans le quartier après le décès comme « de l’incompréhension, de la tristesse », mais « pas de la colère ».

>> Le reportage de La Matinale : Il y a tout juste un an, le jeune Marvin décédait en fuyant la police à Lausanne / La Matinale / 5 min. / aujourd’hui à 07:18

Après cette affaire, la police lausannoise a dit avoir travaillé sur la confiance pour améliorer ses rapports avec les jeunes, en organisant notamment des « cafés polices ». Mais le grand frère de Marvin, Dayron, 23 ans, affirme que ça n’a pas fonctionné. Il dit d’ailleurs ne s’attendre « à rien » de sa part. « Je ne sais pas quels jeunes ont confiance en la police de Lausanne, mais j’aimerais bien les trouver. »

 On ne peut pas se retrouver dans une situation où les gens ont peur de la police alors qu’elle est censée nous protéger

Daryl Bonga, cousin de Marvin

Il explique que le drame a « transformé la dynamique du quartier ».

« On ne se sent pas en sécurité »

De son côté, Daryl indique qu’en tant que « Suisse de couleur de peau noire », il ne se sent pas en sécurité quand il voit des policiers se diriger vers lui. « La première question que je me pose c’est: ‘est-ce qu’ils étaient dans ces groupes WhatsApp?' ».

Et d’ajouter: « Pour moi, ce n’est pas une couleur de peau qui doit indiquer si on est un bandit. On est tous des êtres humains, donc il faut chasser ces stéréotypes, cette xénophobie du corps de police. On ne peut pas se retrouver dans une situation où les gens ont peur de la police alors qu’elle est censée nous protéger ».

>> Le témoignage de Daryl : Témoignage de Daryl Bonga Témoignage de Daryl Bonga, cousin de Marvin / L’actu en vidéo / 56 sec. / aujourd’hui à 10:39

« Elle est là pour instaurer de la confiance », rappelle Kaljy, un autre membre de la 2SeptG, le groupe de rap qu’il formait avec Marvin et Daryl. Selon lui, les policiers devraient « dénoncer ce qu’il se passe » pour « renouveler un lien ».

La réforme de la police en cours

Jean-Marc Granger, chef de la brigade jeunesse à la police de Lausanne, est conscient que la confiance prendra du temps à revenir. Un groupe de travail a été créé après les événements entre jeunes, maison de quartier et polices afin d’identifier les problématiques, échanger sur les réalités de chacun et trouver des pistes de réponses. Les travaux sont en cours.

Au niveau politique, le débat est loin d’être clos. De nombreuses interventions parlementaires au niveau communal et cantonal sont encore en attente de réponses des autorités. Une partie sera débattue mardi à la séance de rentrée du Conseil communal lausannois.

La réforme de la police promise par la Municipalité, elle, ne fait que démarrer. Les premières mesures de la trentaine qui devraient être mise en place commencent à être appliquées. Selon les informations de la RTS, la volée de policiers qui commence leur année de stage en septembre verra son cursus adapté.

Mais il reste une difficulté: la police lausannoise n’a toujours pas de commandant à sa tête, seulement un chef ad interim.

Enfin, autre lacune pointée du doigt par des représentants de divers partis: l’absence d’une police des polices. Une motion sera déposée mardi au Parlement cantonal pour demander la création d’un organe indépendant chargé d’enquêter sur les décès ou les mauvais traitements causés par des agents.

Elle est portée par des partis de divers bords politiques et soutenus par les collectifs anti-racistes. Louis Schild, coordinateur de la commission Nzoy (du nom du Suisse d’origine sud-africaine abattu par un policier le 30 août 2021 sur un quai de la gare de Morges), estime qu’il s’agit désormais d’une priorité. « En ce moment, il n’y a rien qui corresponde, aux yeux des droits humains, à une instance vraiment indépendante pour enquêter, c’est-à-dire qu’il faut une instance qui soit munie de ressources nécessaires, qui soit indépendante en fait et en droit de la police », dénonce-t-il.

>> Ecouter les précisions de La Matinale : Un an après la mort du jeune Marvin poursuivi par la police, où en est-on? / La Matinale / 1 min. / aujourd’hui à 06:12 « Immobilisme » dénoncé

Louis Schild dit regretter l’immobilisme politique. « Nous demandons également la suspension et le licenciement des policiers. La façon dont la Ville traite ces sujets est très confuse et peu transparente. »

Les enquêtes sur la mort de Marvin et de Camila sont toujours en cours. Le Ministère public indique que les deux instructions sont entrées dans leur phase finale. Des décisions pourraient intervenir cet automne.

Par ailleurs, concernant les contenus des groupes WhatsApp problématiques de la police lausannoise, « les milliers de messages sont toujours en cours d’analyse pour déterminer s’ils contiennent ou non des éléments pénalement répréhensibles », précise Vincent Derouand, porte-parole du Ministère public.

Sujets radio: Diana-Alice Ramsauer

Adaptation web: Julie Marty