l’essentiel
À la tombée de la nuit, les pagaies se font silencieuses. Sur l’eau, les regards se tournent vers le ciel et les oreilles se tendent. À l’Île Ô Pagaies, à Vernajoul, la dernière sortie estivale « Des ailes et des pagaies » invite petits et grands à découvrir les chauves-souris autrement. Organisée par l’Ana-Cen Ariège et l’Île Ô Pagaies, la soirée mêle découverte de la biodiversité, canoë et observation nocturne. Une expérience proposée pour la deuxième année consécutive, victime de son succès.
Avant de prendre le large, les participants s’installent pour une initiation au monde des chauves-souris. Jocelyn, animateur nature et éducateur à l’environnement à l’Ana-Cen Ariège, mène la présentation. L’association ariégeoise œuvre depuis plus de 35 ans à la préservation du vivant et de la biodiversité. Avec ses spécialistes, dont deux chiroptérologues, elle cherche notamment à mieux connaître les quelque 30 espèces de chauves-souris recensées en Ariège.
Face au groupe, Jocelyn commence par une question simple : qu’est-ce qu’une chauve-souris ? « C’est un mammifère, rappelle-t-il, ce sont les seuls mammifères capables de faire un véritable vol ». Une différence essentielle avec l’écureuil volant, qui ne fait que planer.
De la minuscule pipistrelle, qui pèse à peine quelques grammes, à la grande noctule, qui peut atteindre 60 centimètres d’envergure, les espèces sont nombreuses et occupent des milieux très différents. « Ça peut être dans les grottes, dans les arbres creux, dans les maisons… Ça dépend vraiment des espèces », explique Jocelyn.

Jocelyn présente les chauves-souris lors d’une soirée des ailes et des pagaies
DDM – Clara Milla
« Ça change complètement de ce que je fais d’habitude »
Avant de rejoindre les canoës, place à un petit jeu dans les arbres. Carnet en main, les participants doivent observer, chercher et répertorier les espèces susceptibles de se trouver autour d’eux. Une manière ludique de prolonger la découverte.
Et chacun trouve son propre terrain de jeu. Liam, elle, se tourne davantage vers la végétation : « J’adore les plantes, donc ça me fait vraiment plaisir de pouvoir découvrir autre chose et de les voir d’une autre manière », explique-t-elle. La sortie lui permet surtout de vivre une expérience inhabituelle.
Puis la lumière baisse. L’apéro dînatoire permet de patienter encore un peu. Jusqu’à ce que les dernières lueurs disparaissent derrière les arbres.

L’ANA-CEN propose des sorties canoë pour découvrir les mammifères nocturnes.
ANA-CEN
« Là, c’est une pipistrelle »
À bord des canoës, Jocelyn l’animateur, Ronan et Jessica moniteurs à l’Île Ô Pagaies, allument leurs détecteurs. Le silence de la rivière laisse bientôt place à une succession de petits sons électroniques. Les appareils captent les ultrasons des chauves-souris et les transforment en sons audibles.
Dans la pénombre, les petits corps sont parfois visibles à la lueur de la lune. Mais c’est surtout par les oreilles que les participants vont désormais les suivre.
Un premier signal retentit. « Là, c’est une pipistrelle », annonce Jocelyn. Son cri ressemble à un petit tambour. Quelques minutes plus tard, un nouveau son se fait entendre, plus rond, plus diffus. « Pour les murins, ça fait un peu comme des petites bulles qui explosent », décrit-il. « C’est impressionnant de voir qu’on peut reconnaître les espèces juste avec le son ».
Pour aller plus loin dans l’identification, Jocelyn recherche ce qu’il appelle le « battement zéro ». « C’est vraiment le moment où le son est le plus grave, le plus net, dans la plage de fréquences utilisée par la chauve-souris. Et ça correspond à une espèce. »
Le détecteur devient alors une sorte de traducteur. « Plus je remonte, plus le son change. Et quand j’arrive sur le son le plus grave et le plus net, je m’arrête. C’est là que je peux identifier l’espèce », dévoile Ronan, qui, à force d’accompagner sur les sorties, se sensibilise davantage à l’activité.
Sur l’eau, chacun se prend au jeu. Les regards scrutent le ciel, tandis que les oreilles cherchent le prochain signal.
Observer sans déranger
La balade nocturne est aussi l’occasion de rappeler que ces petits mammifères restent fragiles. Pesticides, disparition des milieux naturels, collisions routières, éoliennes, rénovation des bâtiments ou encore fréquentation excessive des grottes peuvent perturber leurs populations.
« Toutes les chauves-souris qu’on a en France sont insectivores », rappelle Jocelyn. Préserver les milieux où vivent les insectes revient donc aussi à préserver leur garde-manger. « Le maintien des milieux naturels, c’est vraiment important », insiste-t-il, notamment autour des zones humides, où les insectes sont nombreux.
Depuis deux ans, « Des ailes et des pagaies » propose ainsi de découvrir cette biodiversité autrement. Et pour cette dernière sortie de l’été à l’Île Ô Pagaies, le pari semble une nouvelle fois réussi. Sur l’eau, les pagaies avancent doucement. Dans le ciel, les chauves-souris continuent leur ballet. Et désormais, les participants savent les écouter.