L’Art peut-il tout s’autoriser ? Non, si l’on en croit les autorités chinoises qui ont condamné, mardi 25 août 2026, l’artiste emprisonné Gao Zhen, auteur de sculptures irrévérencieuses visant l’ex-dirigeant Mao Tsé-toung, à trois ans de prison pour atteinte à « l’honneur des héros » nationaux, a indiqué une organisation de défense des droits humains.
Lui et son frère Gao Qiang se sont fait connaître au début des années 2000 avec des œuvres abordant des sujets politiques sensibles tels que la Révolution culturelle (1966-1976), les manifestations de la place Tian’anmen (1989) et l’héritage de Mao Tsé-toung.
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Arrêté lors d’une simple visite
Parmi elles figure une sculpture représentant le fondateur de la République populaire de Chine à genoux, intitulée La culpabilité de Mao. Une autre, appelée l’Exécution du Christ, est composée de plusieurs statues en bronze de Mao pointant leurs fusils vers une sculpture de Jésus.
Aujourd’hui âgé de 70 ans, Gao Zhen avait émigré aux États-Unis en 2022. Il avait été arrêté dans son atelier de Pékin en août 2024, lors d’une visite en Chine. Inculpé en juin 2025, il a été condamné mardi à trois ans de prison pour « atteinte à la réputation et à l’honneur des héros et des martyrs », a indiqué l’organisation Chinese Human Rights Defenders (CHRD), basée aux États-Unis.
Haro sur « toute expression artistique indépendante »
Les autorités semblent ainsi appliquer rétroactivement à l’artiste une loi de 2021, pour des œuvres créées entre 2005 et 2009.
La « décision de condamner Gao Zhen et de lui infliger la peine maximale de trois ans de prison au titre de cette infraction illustre la volonté des autorités de dissuader toute expression artistique indépendante », a déclaré dans un communiqué Sarah Brooks, la directrice Chine de l’organisation de défense des droits humains Amnesty International.
« Un artiste ne devrait jamais risquer une sanction pénale pour avoir créé une œuvre qui remet en cause le récit officiel ou encourage une réflexion critique sur l’histoire », a-t-elle souligné. Selon Amnesty International, la peine de Gao Zhen arrivera à terme en août 2027.
Vives « inquiétudes » de l’ONU
Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a appelé mardi à « la libération immédiate et sans conditions » de l’artiste via un communiqué transmis à l’AFP par ses services.
« L’affaire soulève des inquiétudes particulières concernant l’application rétroactive du droit pénal, l’usage de sanctions pénales pour réprimer l’expression artistique ainsi que les répercussions pour sa famille », souligne le texte.
Pas touche au Grand Timonier !
La femme de Gao Zhen et leur fils de sept ans, citoyen américain, ont interdiction de quitter le territoire chinois depuis 2024, selon des organisations de défense des droits humains. Les appels mardi de l’AFP au tribunal où était jugé Gao Zhen sont restés sans réponse.
Mao Tsé-toung reste une figure révérée par les autorités chinoises pour son rôle dans la création de la République populaire, en 1949, et pour avoir incarné l’unité nationale après des décennies de guerre et de divisions.